Le ministre Noël Koutera Bataka (G)

Avant 2008, la distribution d’intrant se faisait par le secteur privé qui parvenait à fournir au tour de 12.000 tonnes d’engrais NPK et de l’urée. Pour inverser la tendance, le gouvernement a décidé de mettre en place la centrale d’achat et de gestion des intrants agricoles (CAGIA) et avec la banque mondiale, il a été mis en place un programme de fourniture des semences et des engrais.

Ce faisant, le pays est passé de moins de 12.000 tonnes à 30.000t à partir de 2009. Cela a permis de quitter la situation déficitaire de -13% en termes de céréales à 13% d’excédent à partir de 2011.

Depuis lors, le Togo dispose chaque année de 13.000 tonnes de maïs et d’autres céréales. Pour atteindre ce résultat, il a fallu utiliser quasiment les deux tiers du budget du ministère de l’agriculture dans les subventions des semences et des engrais.

Afin de pouvoir faire face à d’autres urgences telles que la recherche, la vulgarisation et les autres services connexes, le gouvernement a décidé de revoir le poids de la subvention des engrais.

"Par rapport à cela, le chef de l’Etat a décidé qu’il fallait réformer les engrais. Il fallait changer quasiment tout le système, il fallait utiliser la téléphonie mobile et il fallait réduire la subvention et cibler les producteurs vulnérables pour avoir une subvention dite intelligente", détaille le ministre Bataka.

Pour en arriver là, le Togo a dû capitaliser sur une expérience qu’il avait commencée dans la relance de la politique agricole dans le cadre du projet de développement agricole financé par le FIDA qui consistait à distribuer des kits de semences et d’engrais pour un demi hectare pour des agriculteurs vulnérables.

"On s’est retrouvé avec des chefs et des encadreurs en tant que bénéficiaires donc on a tiré des leçons du système de ciblage et de ces difficultés qui ont émergée", indique-t-il.

A partir de 2015 et conformément à la règlementation de la CEDEAO, le Togo a mis en place quatre structures dont un comité chargé de réglementer tout ce qui est engrais, le service national chargé de suivi, le laboratoire pour le contrôle de qualité et l’arrêté portant autorisation d’importation, distribution des engrais.

La téléphonie mobile pour limiter les intermédiaires

Le pays a mis en place son mécanisme de subvention en commençant par identifier des solutions technologiques pour faire face à la lourdeur administrative et éliminer les intermédiaires.

Le ministre Bataka (extrême droite) lors de son intervention

C’est un système qui fonctionne à trois niveaux : identification des bénéficiaires et enregistrement de l’ensemble des opérateurs privés qui voulaient s’engager dans la distribution; la mise en place de la plate-forme électronique (AgriPME) en collaboration avec les opérateurs de téléphonie mobile et la gestion qui est du ressort du ministère des finances.

"La téléphonie mobile, c’est quand même un des avantages assez extraordinaires. Ça fait qu’on évite de devoir recourir à l’humain et de devoir multiplier des comités. Le budget des finances publiques est directement envoyé au niveau des porte-monnaie des producteurs qui se débrouillent eux-mêmes de s’acheter les engrais auprès des sociétés agréées pour administrer la subvention", rapporte le ministre.

Une fois que l’agriculteur a utilisé sa subvention, poursuit-il, "il y a un contrôle qui se fait au niveau des opérateurs qui doivent prouver qu’ils ont effectivement vendu et on fait un état de rapprochement et le service de contrôle fait le contrôle avec ses agents qui sont sur le terrain qui font le suivi. C’est lorsque c’est confirmé qu’on autorise les opérateurs de téléphonie à verser l’argent sur le compte des sociétés distributrices".

La subvention qui profite au bénéficiaire pendant trois ans a été utilisée comme porte d’entrée pour créer la sensibilité des producteurs à l’utilisation des intrants améliorés. Comme résultat, le Togo a réduit jusqu’à 75% la subvention.

L’Etat gérait la distribution avec 112 magasins mais l’augmentation des opérateurs privés a permis de multiplier par trois le nombre de magasins qui se sont rapprochés des producteurs.

En gros l’utilisation de l’intelligence artificielle (téléphonie mobile) introduite dans le système de subvention des engrais et la réussite du ciblage font partie des secrets de réussite du Togo et qui fait rêver surtout le Mali.

Le défi actuel au Togo, c’est la capacité des acteurs du secteur privé à continuer à disposer des engrais. Pour cela, le ministre Bataka en a appelle à la Banque Africaine de Développement (BAD).

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De notre Envoyé Spécial à Accra, Anani E.

2 Contribution(s)

  1. Dr Garba Yahaya say:

    Tres belle innovation de la subvention. Nous sommes sur la meme voie avec un plus

    07/09/2019 20:21:49
  2. Ousmane Ibrahim say:

    Très intéressant

    05/09/2019 11:09:19

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