L'heure de la reconversion a sonné pour les pêcheurs

Actuellement, la disponibilité des ressources halieutiques au niveau de ces  trois préfectures devient de plus en plus rare. Et d’après Nouboukpo Ekuévi, directeur préfectoral de l’agriculture, de la production animale et halieutique dans les Lacs, il y a deux raisons principales.

Il s'agit de la surexploitation engendrée par le nombre sans cesse galopant des pêcheurs et des mauvaises pratiques de pêche.

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"Il y a certains individus qui se permettent de sédentariser définitivement certains points de l’eau. C’est ce qu’ils appellent communément 'akaja' qui consiste à couper du bois pour mettre dans l’eau et l’entourer de filets non conventionnels pour ramasser tous les poissons de la zone y compris les alevins. Cette pratique empêche le renouvèlement de la ressource halieutique. Cela agit également sur l’environnement dans ce sens qu’ils font la déforestation pour obtenir les bois nécessaires", dénonce M. Nouboukpo.

La polyvalence du milieu mise à contribution

Le gouvernement à travers le ministère de l’agriculture a donné un ultimatum pour que s’arrête la surexploitation et les pratiques illicites dans tout le système lagunaire. En échange, il a été décidé de convertir ces pêcheurs à faire autre chose. Ces trois préfectures ont la particularité d’être polyvalentes en matière d’agriculture de façon générale.

"Surtout dans les Lacs, ceux qui sont pêcheurs sont en même temps maraîchers, éleveurs (porcins, volailles, petits ruminants) ou producteurs de maïs, haricot, manioc et arachide", témoigne Ekuévi.

Après recensement, les pêcheurs (plus de 400) et spécialement les pratiquants de la pêcherie sédentaire ont été sensibilisés sur les méfaits de cette pratique.

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Ensuite, il leur a été proposé d’autres activités génératrices de revenus grâce au Projet d'appui au secteur agricole (PASA). Certains ont choisi entre la pisciculture en enclos, en cage, en bac et en étang. D’autres ont pris soit le maraîchage soit l’élevage.

"Ceux qui ont choisi la pisciculture ont été formés à la construction des enclos. On a sélectionné des gens dans toutes les localités autour du système lagunaire des préfectures des Lacs, Vo et Zio et on a formé des comités de gestion du système lagunaire dans les trois préfectures. L’étape suivante consistera à les outiller sur l’alimentation et la conduite de l’élevage puis s’en suivra le financement", détaille le directeur.

Bien disposer à aider les paysans à mieux réussir ce qu’ils savent faire déjà, Ekuévi Nouboukpo s’attèle à organiser les producteurs en coopérative selon le canevas du  Mécanisme Incitatif du Financement Agricole (MIFA) fondé sur le partage de risque.

"Quand ils seront organisés en coopératives, ça nous permettra d’avoir des interlocuteurs plus crédibles, faire passer plus significativement les messages et mieux les orienter sur ce qu’il faut produire et à quel moment. C’est pourquoi nous tenons à ce qu’ils soient bien organisés en coopératives et nous y travaillons", soutient-il.

Quid des projets agricoles dans les Lacs ?

Dans le cadre de la mise en œuvre de la politique gouvernementale de développement agricole et rural menée par le gouvernement, diverses actions de soutien à la promotion de la production et de la valorisation agricole ont été menées sur l’ensemble du territoire national, à travers le Programme National d’Investissement Agricole et de sécurité Alimentaire et nutritionnelle (PNIASAN).

Dans la préfecture des Lacs, ces multiples actions à travers des projets tels PASA, PADAT, PPAAO, AgriPME, MIFA ont porté entre autres sur le soutien au développement de l’entrepreneuriat agricole, l’accompagnement d’une coopérative de producteurs de tomate dans la contractualisation avec la société DANGOTE ; l’appui au développement de l’entrepreneuriat d’élevage via le soutien financier et technique à 09 éleveurs de petits ruminants et de volailles.

A cela s'ajoutent, la mise à disposition d’équipement de transformation agricoles à 31 coopératives (05 égreneuses ; 01 décortiqueuses ; 25 rappeuses) ; le soutien au développement de l’élevage par l’amélioration des conditions d’élevage traduites par la construction de 56 poulaillers traditionnels améliorés.

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On note par ailleurs, l’aménagement de retenue d’eau au profit d’un comité de développement à la base (CDB-SAKPOVE) en vue d’intensifier la production piscicole ; la réhabilitation du centre d’alevinage d’Agbodrafo pour la production et la fourniture des alevins de souche améliorée par l’ITRA-CRA. 

La construction de 5 infrastructures de stockage et de conservation de produits agricoles dont 3 de capacités de 75 tonnes et 2 de capacité  de 10 tonnes ; le soutien à la production céréalière, avec la mise à disposition d’intrants de qualité sont entre autres réalisations.

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Anani E.

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