Kenton Dashiell, directeur général adjoint de l'Institut International de l’Agriculture Tropicale (IITA) (image AGD/A.E)

À ce jour, plus de 400 variétés de manioc ont été développées pour les agriculteurs pauvres en ressources. Une récente étude portant sur l'impact des variétés améliorées de manioc résistantes aux maladies et aux ravageurs, contenant moins de cyanure, résistantes à la sécheresse, à maturation précoce et à haut rendement mise au point par l'IITA a montré qu'en moyenne, les agriculteurs ont vu leur productivité augmenter de près de 30%, entraînant une augmentation par habitant de 0,26 dollars par jour.

Outre le manioc, l’IITA a également mis au point et commercialisé dans 68 pays du monde, des variétés de niébé à haut rendement et à maturation rapide, bien adaptés à la plantation en sol ou à la culture intercalaire.

"Lorsque l'institut a commencé ses recherches sur l'amélioration des cultures de soja en 1974, le rendement moyen en Afrique était de 660 kg à l'hectare. Trente ans plus tard, en utilisant des variétés développées par l'IITA, le rendement moyen dans les pays d'Afrique de l'Ouest a augmenté de plus de 50%, avec 67% dans l'ensemble de l'Afrique, ce qui équivaut à 1,1 t à l'hectare en 20 ans d'effort de sélection", témoignent les dirigeants sur le site de l'institut.

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En plus de ces filières, on note également des performances dans les filières maïs, banane et plantain, patate douce et igname. En partenariat avec le Centre international d'amélioration du maïs et du blé (CIMMYT), l'IITA a développé près de 160 nouvelles variétés de maïs résistantes à la sécheresse pour 13 pays d'Afrique.

Impliquer davantage de jeunes dans l’agriculture

Pour Kenton Dashiell, avant que les technologies mises au point par les chercheurs de l’IITA et d’autres organisations n’aident les agriculteurs à améliorer leur productivité, il y a des préalables.

"C’est vrai, nous avons mis au point beaucoup de variétés performantes de ces cultures. Mais est-ce que l'environnement est favorable?" s’interroge le directeur général adjoint de l’IITA, très enthousiaste de voir les jeunes s’impliquer davantage dans le secteur.

"Nous avons passé beaucoup de temps à travailler avec des agriculteurs de 60 à 65 ans, il n'y a rien de mal à ça mais imaginez comment cela serait productif si vous faisiez la même chose avec les jeunes de 25 ou 30 ans, en leur enseignant la même chose. Nous sommes très heureux de voir qu’aujourd’hui, il y a des jeunes qui s’activent pour essayer de comprendre quel est le meilleur moyen d'impliquer les jeunes dans l'agriculture", salue-t-il.

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"Il faut de bonnes infrastructures, des politiques gouvernementales appropriées qui encouragent l’agriculture à devenir une entreprise. Ils ont besoin des semences améliorées, des engrais, des fongicides, des insecticides, des herbicides, de petites machines, etc. C’est tout cet ensemble qui aidera les agriculteurs à devenir plus productifs, à gagner plus d’argent et à faire de l’agriculture une entreprise", plaide Kenton qui rêve de voir l’Afrique en finir avec l’importation de produits comme le sucre ou le riz.

"Ces choses peuvent être résolues. Avec une collaboration entre les gouvernements et le secteur privé et l’utilisation des meilleures technologies d'organisations telles que l'IITA et bien d'autres organisations, nous verrons l'agriculture transformer l'Afrique", rassure l'optimiste Kenton.

Les défis sont toujours énormes

Fort des résultats obtenus au Rwanda ou en Éthiopie et des  engagements politiques observés au Nigéria, Ghana, Togo, Bénin, etc,  Kenton Dashiell croit en la transformation de l’agriculture africaine.

Créée en 1967, l'Institut International de l’Agriculture Tropicale (IITA) fait partie  des 15 centres de recherche du Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale (CGIAR) dont il assure plus de 70% de l’impact en Afrique subsaharienne et reste attaché à l’amélioration de l’agriculture et des chaînes de valeur alimentaires connexes, induite par la science.

Utilisant des techniques sophistiquées de génie génétique ou de sélection, il développe une large gamme de variétés de cultures de base adaptées à différentes situations et objectifs.

"Le nouveau défi en ce moment c'est le changement climatique. Dans certaines régions, les précipitations s’amoindrissent et la température ne fait qu’augmenter. Tout ceci vient s’ajouter aux pressions des insectes et des maladies auxquelles sont confrontés les petits exploitants Africains. Mais, nous agissons toujours très rapidement en développant des variétés qui peuvent être adaptées à toutes ces situations", témoigne Kenton Dashiell.

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De notre Envoyé Spécial à Ibadan, Anani E. / Visitez le site de IITA

 

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