Nteranya Sanginga interpelle les dirigeants africains à reconsidérer leur politique agricole (image AGD/A.E)

"Malheureusement, au sein de nos gouvernements, nous avons encore des gens qui n’ont toujours pas compris que les autres continents se sont développés grâce à l'agriculture. Je dirais presque 90% de nos dirigeants considèrent l’agriculture comme une activité sociale et ils pensent qu’en déclarant l'agriculture comme une priorité, ils résolvent le problème. Ça aussi, c'est un état d'esprit que nous devons changer", martèle M. Sanginga.

"Quand je travaillais au Kenya, avec un collègue Nigérian, nous avions l'habitude de discuter de la manière dont on pourrait un jour changer comment l'agriculture est pratiquée sur le continent. Il s’est fait que lorsque je suis devenu DG de l'IITA, lui était nommé ministre de l'Agriculture au Nigéria. Entre 2011 et 2015, il a fondamentalement réussi à changer la façon dont l'agriculture est perçue dans son pays, mais il n'est jamais parvenu à amener le gouvernement investir plus de 3% dans l'agriculture au Nigéria", déplore l’actuel patron de l’IITA.

Aussi, le natif de la République démocratique de Congo (RDC) a du mal à concevoir comment un pays comme le Nigéria peut se permettre de dépenser 5 milliards de dollars à importer de la nourriture alors qu’au même moment à Abuja, on reçoit 11 millions de candidatures pour 5.000 postes.

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"L'agriculture devrait être considérée comme un investissement. De la même manière dont nous investissons dans les mines, nous devrions pouvoir investir autant dans l'agriculture. Cela permettrait de créer des emplois ici chez nous au lieu d’exporter des emplois vers des pays comme la Thaïlande ou les Etats-Unis d’où nous importons du riz", insiste-t-il.

Nteranya Sanginga, DG de l'IITA

L’IITA fait déjà sa part à travers le programme Youth Agripreneurs (IYA) démarré en 2012 et qui couvre actuellement 24 pays et le programme STEP (Start Them Early Program) lancé en Mars 2019 dont la première phase concerne neuf écoles secondaires de Kenya, Nigéria et RDC.

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"Nous essayons d'enseigner aux tous petits que l'agriculture est une entreprise pour qu'ils grandissent en ayant dans la tête qu’ils peuvent gagner de l'argent dans l'agriculture. Je pense que ce sont des programmes très important pour l’Afrique car la moyenne d’âge des agriculteurs Africains c’est 60 ans. Si nous n'engageons pas les jeunes dans l'agriculture sur notre continent, nous serons à la merci d'autres pays car, en 2035, l'agriculture va devenir un business de milliards de dollars et cette activité sera prise par les Américains, les Chinois, etc.", développe Nteranya Sanginga.

Il en appelle aux décideurs politiques de prendre leur responsabilité pour encourager le financement, la recherche, la mécanisation en faveur du secteur agricole afin de rendre le secteur plus attrayant pour les jeunes.

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De notre Envoyé Spécial à Ibadan, Anani E.

 

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