Dans cette série d’articles, Agridigitale s’intéresse à comment ces produits sont transformés localement au Togo.

La première de cette série ce mercredi, c’est la boisson locale du nord-Togo fabriquée à base du sorgho communément appelée tchoukoutou généralement servie en calebasse.

Brigitte ANAKO, revendeuse de cette boisson locale à Lomé depuis 10 ans est l’invitée du jour.

De l’achat du mil à la fabrication

On achète le sorgho au marché et on verse dans l’eau pendant huit heures de temps. Une fois sorti de l’eau, on verse dans un panier pour faire extraire l’eau.

Pendant ce temps, le sorgho commence à germer. On le lave  de nouveau et on l’étale à l’ombre. Trois jours après, on ramène tout au moulin.

Après avoir écrasé, on mélange avec de l’eau et on laisse reposer pour environ une heure de temps. 

Ensuite on passe au tamis pour récupérer l’eau qu’on met de côté (elle servira plus tard). C’est le résidu qu’on met sur le feu.

La préparation

D’abord, on laisse le résidu sur le feu pendant des heures (4h au minimum) pour que ça devienne épais en y ajoutant de l’eau au fur à mesure que ça s’alourdit.

Ensuite, on tamise de nouveau à l’aide du panier pour récupérer la boisson proprement dite.

On garde ça jusqu’au lendemain pour qu’elle prenne un certain aspect et se fermente bien pour faire bouillir de nouveau.

Après cette étape, on laisse refroidir toute la journée. On peut déjà servir mais elle sera douce et non forte (fermentée) comme les gens aiment.

C’est pour la fermentation qu’on récupère les mousses de ce qui est déjà en vente et on y versent sur le nouveau en préparation pour obtenir la boisson locale tchoukoutou ou *Sioulim.

Approvisionnement et vente

En une semaine, j’arrive à transformer un grand sac du sorgho de 120Kg que j’achète à crédit à 42.000F.cfa.

Notre mesure minimale n’atteint pas 0,5Cl et nous la servons à 100Fr.

Mais nous revendons les bouteilles de 1,5L à 350F. En moyenne, Je réalise quotidiennement un chiffre d’affaires de 20.000F.Cfa qui me permet de payer les trois filles qui travaillent avec moi.

C’est évidemment avec cette activité que je prends soin de mes trois enfants depuis 10 ans (la nourriture, loyer, scolarité…).

N’eût été la charge des enfants, je pense que je serais déjà dans ma propre maison mais avec l’aide de Dieu cela ne devrait plus tarder.

Pour la petite légende, *Sioulim ou Tchoukoutou en pays Kabyè (nord-Togo) veut dire la boisson du génie. Selon les croyances, tout ce qui est local était dédié au génie. Il goûte avant toute personne et c’était avec cette eau qu’on apaise la colère des génies ou quand on sollicite l’aide du génie pour régler les problèmes.

Une boisson purement sacrée et la préparation suit des rites donnés. Pour le jeune Kabyè, il n’aura droit à la consommation de cette boisson, qu’après avoir fini les initiations où on l’admet dans la catégorie des adultes (rites Evala).  Aujourd’hui, cette boisson jadis destinée uniquement aux cérémonies ou aux génies est commercialisée à grande échelle et accessible partout dans le pays.

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