Patrice Ayayi Ayivi, président de la Délégation spéciale de la commune d’Aného

Apelete Kodjo assiste avec impuissance l’avancée de la mer qui a déjà ravagé sur son passage : cocoteraies, routes nationales, première station d’essence d’Agbodrafo et actuellement, une partie de la maison de son grand père. Tout s’effondre devant lui pour cause néfaste du changement climatique. 

"Il y a quelques années, notre maison se trouvait à plus de 500m de la mer mais aujourd’hui, elle se retrouve nez à nez avec la mer. Beaucoup de personnes viennent nous voir pour des solutions. Nous espérons que ce sera fait avant qu’on ne se retrouve totalement dans l’eau un jour", lâche –t-il avec tristesse à agridigitale.

Le fait n’est pas nouveau selon le département de géographie à l’université de Lomé.  Les chercheurs expliquent que la côte est sous l’emprise des vagues, de la variation constante du niveau marin, du marnage etc.

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"Lorsqu’à la fin de l’année on fait le bilan, on constate qu'il est déficitaire ça veut dire qu’il y a érosion mais lorsqu’on constate qu’il est excédentaire, il y a accrétion (dépôt sédimentaire) donc, l’érosion est un phénomène naturel qui fait partie du comportement des pays côtiers", explique Adjoussi Pessièzoum, enseignant de géomorphologie, spécialiste de la gestion des zones côtières à l’Université de Lomé.

L’action humaine pointée du doigt

Cette érosion bien qu’elle soit naturelle peut être amplifiée par les activités humaines. Au rang de ces activités, les spécialistes font mention des constructions de barrages pour alimenter les populations en énergie électrique, la construction de port pour pouvoir créer des échanges commerciaux et le transport maritime ou encore les prélèvements de sédiments etc.

Ce qui reste de la maison du grand père d'Apelete Kodjo

Selon les témoignages recueillis auprès des riverains des côtes togolaises (Agbodrafo, kpémé, Aného) et confirmés par les chercheurs, les premières alertes d’érosion côtière ont surgi après la construction du port autonome de Lomé en 1967.

"Lorsque vous construisez un port en eau profonde vous mettez une digue perpendiculaire à la côte, vous allez vous rendre compte que cette digue-là va bloquer les volumes sédimentaires donc une partie de la côte sera en accrétion (accumulation sédimentaire) tandis qu’une autre sera en érosion (déficit sédimentaire) et c’est cet exemple typique que nous avons au Togo et sur la plupart des côtes en Afrique", démontrent les spécialistes.

D’après Patrice Ayayi Ayivi, président de la Délégation spéciale de la commune d’Aného, les premières alertes d’érosions côtières remontent par contre, aux années 80 au temps du feu président Eyadema Gnassingbé qui a eu à réagir vigoureusement.

"Des travaux avaient donc été entrepris et ont permis de stabiliser la côte pour un temps", témoigne l’autorité locale rencontrée à la mairie de la ville d’Aného (45 km de Lomé). 

"Il existe sur le marché, plusieurs techniques pour ralentir ce phénomène mais on choisit la moins coûteuse et en même temps la plus efficace. Sur la côte du Togo, on a déjà expérimenté la technique d’ingénierie dure à kpémé, Aného où on a construit des épis pour stopper l’érosion", renseigne Pessièzoum.

Après ce travail, il y a eu de nouveaux problèmes environnementaux qui ont fait qu’il y a plus d’une dizaine d’années, devant la mairie d'Aneho (quartier apounoukpa), il y avait une bonne fontaine qui était au bord de la voie.

"C’est de là que nous avons lancé un appel à l’Etat à travers le ministère de l’environnement et c’est ça qui a amené le projet financé par l’UEMOA qui a permis de stabiliser la berge. Il y a eu sept épis installés. Après ces travaux, on a senti une certaine stabilisation. Il y a même eu un regain de plage", témoigne Ayayi Ayivi.

Unité d’action

Selon les riverains, il y a de cela trois ans, la mer s’est encore rapprochée de façon spectaculaire (environ une vingtaine de mètres). Une synergie régionale est aujourd’hui mise en place pour apporter un début de solution à ce problème.

Le projet de gestion du littoral ouest-africain (WACA) ou le West Africa Coastal Areas Program financé par la Banque mondiale bénéficie aujourd’hui à 6 pays africains du littoral dont le Togo.

L’enveloppe que bénéficie le Togo pour renforcer son dispositif de protection sur plus de 40km (installation de nouveaux épis, construction de bassins de rétention etc.) s’élèverait à 31 milliards F.cfa.

Le projet prévoit également une lutte mixte Togo-Bénin contre l’érosion et un volet purement national (dont la plupart des études sont déjà faites) qui prend en compte la côte d’Aného à Goumou kopè, très touchée par l’érosion.

"Ce qui est très important sur ce dernier volet, c’est qu’il va outrepasser les méthodes traditionnelles qui consistaient à implanter uniquement les épis. Cette fois-ci, il y aura également apport de sédiments de la mer pour pouvoir repousser la mer et augmenter la plage. Il est également prévu un dragage du Lac Togo qui subit aussi les aléas de l’érosion côtière avec pour conséquence directe le manque de poisson dans la lagune d’Aného ensablée ralentissant ainsi l’activité de pêche", détaille Patrice Ayayi Ayivi.

Les riverains de la côte togolaise nez à nez avec la mer attendent beaucoup de ce projet régional avant  de se voir avaler par l'océan. Les français, eux, espèrent vite tourner la page des canicules. Du côté de l’Inde, ce sont de fortes précipitations qui frappent de milliers de sans-abris.

L’Homme doit ainsi revoir ses actions pour une meilleure protection de la planète du réchauffement climatique. 

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Anani E. & Fidel G.

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