Gerry TAAMA (crédit photo www.republicoftogo.com)

Nouvellement élu député à l’assemblée nationale du Togo, M. TAAMA affirme que c’est encore une belle occasion de mettre ses talents au service du Togo.

"Je suis toujours en projet. Je vais participer d’une façon plus active à la construction de ce pays", a-t-il confié à agridigitale.

Cap à Siou ce lundi (500km de Lomé) pour découvrir la vision de cet ancien saint-cyrien (officier en position de non-activité), homme politique, ultra-mordu du secteur agricole.

Père agronome, passion pour l’agriculture

Mon père était docteur agronome. J’ai toujours été passionné par l’agriculture. J’ai beaucoup lu Réné Dumont et Axel Kabou. 

Je suis persuadé, comme le disait déjà à l’époque Réné Dumont, que l’avenir de l’Afrique se trouve dans le développement de l’agro-industrie. Mais tout ceci est au niveau des pouvoir publics.

A mon modeste niveau, je m’implique dans le domaine agricole par passion. S’occuper du vivant est extraordinaire. Que ce soit pour le règne végétal ou animal, on assiste à une naissance, et une croissance. J’ai toujours été attiré par ce monde.

Depuis 2012, je suis propriétaire d’une ferme agropastorale de 120 ha, ou en plus de l’agriculture, nous faisons de l’élevage de volailles, de porcs, de lapins, et du maraichage. En 2016, constatant que les produits des exploitations agricoles et les produits transformés n’avaient pas à proprement parlé un marché, nous avons lancé la maison des paysans.

Un endroit où on célèbre le produit alimentaire togolais.  Le site comporte une boutique, une buvette et un restaurant. Rien que pour des produits alimentaires togolais.

Les résultats encourageants

Les porcs de la ferme école de Gerry Taama

Ca fluctue beaucoup, mais la ferme Houaré emploie en moyenne 10 personnes permanentes, et 25 saisonniers. Nous avons eu un pic de 3500 volailles dans la ferme. 60 porcs, une centaine de lapins, un millier de cailles, et plusieurs centaines de volaille de basse-cour.

Deux hectares de maraîchage et 10 hectares de maïs. Pour un investissement en 5 ans de 80 millions environs. A Lomé, la maison des paysans emploie 09 jeunes. Près de 80 transformateurs font des dépôts sur le site.

Le chiffre d’affaire de la ferme dépasse 30 millions par an, mais intégralement réinvestis.

L’accès au marché, un casse-tête

Le marché est le facteur limitant des entreprises agricoles. Le prix de revient des produits pour l’entrepreneur agricole est différent de celui du paysan. Souvent, les quantités  aussi sont différentes.

Non, je n’ai pas encore trouvé de solutions sérieuses. La maison des paysans consomme une partie de ma production, mais ça reste marginal. Les débouchés grèvent sérieusement l’entrepreneuriat des jeunes.

L’agriculture, une niche pour l’emploi ?

Ce n’est pas forcément une niche pour résorber le chômage car le secteur tertiaire est encore plus compétitif pour les diplômés.

Les domaines de la transformation, du marketing, de la restauration sont encore plus attractifs pour les jeunes. On ne va pas ajouter aux 80% de togolais qui sont déjà impliqués dans l’agriculture, les jeunes diplômés.

Il faut créer des chaînes de valeurs qui intègrent la production agricole.

Les 3 obstacles du PNIASAN…

Nous avons d’ambitieux programmes pour notre agriculture, mais il y aura toujours trois obstacles. La capacité de mobilisation des ressources financières. Au lieu de 600 milliards, le PNIASA n’avait mobilisé qu’autour de 300 milliards, l’organisation même des services publics (nous considérons que le ministère de l’agriculture est exagérément centralisé), ce qui conduit à des délais d’exécution trop allongés, et pour finir, il faut identifier les acteurs sur le terrain.

L’agriculture familiale ou les entreprises agricoles ? On a certes besoin de promouvoir l’agriculture familiale, mais pour augmenter la productivité, seules les entreprises agricoles peuvent être des acteurs de premier choix.

Nous avons souvent reproché au ministère de ne pas suffisamment travailler avec le secteur privé.

L’Etat implique davantage les privés  

Ces opérateurs privés viendront sans aucun doute du secteur privé extérieur, dans leur majorité. Le système bancaire togolais considère que l’agriculture est une activité à risque, et donc n’accompagne pas les privés. 

Il y a peu de fonds d’investissements privés dans l’agriculture. Le danger à confier ce secteur à des investissements étrangers est à terme la perte de la maitrise de la souveraineté alimentaire.

Ceci reste malgré tout une bonne chose pour les emplois que ça va créer. L’investissement devrait plutôt concerner le secteur secondaire, c’est-à-dire la transformation à travers des usines à proximité des lieux de production. 

Mais comme je l’ai dit, quand on lance le projet tout le monde est enthousiaste, mais pour financer, on trouve difficilement du monde.

Conseils aux jeunes entrepreneurs agricoles

Une source d'inspiration pour les jeunes

Bien étudier le marché. C’est très important. Maitriser les itinéraires techniques. Pour les jeunes, habiter dans la ferme. Et faire preuve de rigueur comptable. Il faut commencer petit et être patient.

Les bénéfices en agriculture sont plus faibles que dans les autres secteurs.

Investir davantage dans l’agriculture

Il faut d’abord régler le problème du foncier et passer à un début de mécanisation. Il faut accepter le principe d’une agriculture moderne qui progresse aux côtés de l’agriculture familiale, mais il faut aussi comprendre que sans subventions, l’agriculture en Afrique est une chimère parce que dans les autres pays du monde, les agriculteurs sont beaucoup financés. Ça fausse les comparaisons.

Il faut par contre continuer à investir dans l’agriculture pour notre souveraineté alimentaire.

Dans 25 ans, la population togolaise aura doublé. Il faudra bien la nourrir, or les terres cultivables sont là, et n’attendent qu’à être labourées.

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