Un petit tas de tomates à 200 F.cfa au marché

Le petit panier rempli de quelques dizaines de tomates est cédé à 200F.Cfa contre  25 à 50F.cfa, quelques mois plus tôt. Enquête !

Trop de précipitation gène la tomate

Au Togo, la tomate réussit bien sur toute l’étendue du territoire lorsqu’on observe une amplitude thermique de 10°C entre la température nocturne (la nuit) et la température diurne (journée).

Le paradoxe avec la tomate comme pour toutes les denrées périssables, c’est qu’en période d’abondance, les paysans se retrouvent avec des produits sous la main qu’ils sont obligés de brader aux bonnes dames qui vont s’approvisionner pour éviter dans la mesure du possible de faire face à des pourritures.

Au même moment, ils font face à des crédits qu’ils doivent rembourser aux institutions financières.

"Pour résoudre ce problème, il faudrait qu’on fasse la promotion de la transformation et de la conservation de la tomate à travers la mise en place d’une chambre froide positive", suggère Salifou Daoudou, Directeur des statistiques agricoles, de l’informatique et de la documentation (DSID) du Togo.

Pour répondre à cet appel, certains opérateurs économiques font déjà dans la transformation. C’est le cas de Ismaël Tanko, promoteur de Tanko Timati.

Autre presse : Togo : l’or rouge d’Ismaël Tanko

"Nous avions commencé avec 25 tonnes par an mais actuellement, nous sommes en train de passer à 2000 tonnes. Nous faisons de la purée de tomate ; c’est de la tomate écrasée dont on a enlevé les pépins et la peau qu’on a mis en bouteille. La différence avec les importées c’est que nous ne mettons pas de conservateur. Maintenant, nous allons également proposer du 100% concentré sans additif ni conservateur", informe Ismaël Tanko.

Une production locale toujours insuffisante

Selon les chiffres de la DSID, au Togo, la production de la tomate est passée de 7.620,4t en 2013 à 13.328,2t en 2017 soit 8 763,5 en 2014, 10 078,0 en 2015, et 11 589,7 en 2016 pour un taux de croissance annuel moyen de 15.0%.

Le besoin en tomates au Togo avoisinerait annuellement les 114 000 tonnes et d’ici 2020, 130 000 tonnes au regard de la croissance démographique forte. Les statistiques d’importation et de production de la tomate révèlent à suffisance que les besoins de la population togolaise seraient loin d’être satisfaits. Que faire ?

Le concentré s’impose comme alternative mais…

Les données statistiques de l'INSEED

Selon les données de 2016, la moyenne annuelle de tomates fraiches produites par le Togo  avoisine 5 200 tonnes, ce qui est à tout point de vue, insuffisante pour satisfaire la demande nationale. Les consommateurs n’ont plus autre option que de se rabattre sur le concentré de tomate.

Le concentré très moins cher, accessible dans les petites boutiques ou auprès des bonnes dames à partir de 100F.cfa, aide les consommateurs à ne vraiment pas ressentir la pénurie de cette denrée.

Des recherches ont prouvé que l’intérêt des consommateurs pour la tomate concentrée est lié non seulement à la "rareté et aux fluctuations des prix de la tomate fraiche" mais aussi, "le concentré apporterait une consistance et une couleur plus intensifiée aux sauces comparativement à la tomate fraiche".

Les statistiques 2018 de l’Institut National de la Statistique et des études économiques et démographiques (INSEED) montrent également que "les tomates fraiches ou réfrigérées proviendraient majoritairement du Burkina-Faso et les concentrés de la Chine".

"En 2016 et 2017, plus de 20 000 tonnes de tomates concentrées ont été importées de la Chine (soit plus de 5 milliards FCFA) contre seulement 3 millions en provenance du Ghana (deuxième pays d’importation après la Chine)", signale l’INSEED.

Que faire alors?

Il faut d’emblée relever qu’au niveau du littoral, la tomate abonde dans la région maritime en  juillet, août et septembre. Le méridional (principalement la région des savanes) prend en revanche, la relève dans les mois de décembre, janvier, février et mars.

La purée de tomates, une alternative

Les mois de mai, juin et début juillet constituent alors des moments de soudures.Au cours de cette période, on voit les bonnes dames revendeuses de nourriture et les restaurateurs se rabattre sur les carottes et les aubergines pour faire leur cuisine. 

Mais à en croire Dr Aziato Kokou, ingénieur agroalimentaire et chef contrôle qualité des aliments à l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA), c’est sans danger pour les populations.

"Ça constitue plutôt un avantage parce que les carottes sont riches en beta carotène (vitamine A). Les aubergines constituent également une bonne source de fibres alimentaires et de vitamines. Mais quand on chauffe trop, les carottes perdent leur vitamine A. Il en est de même pour les aubergines. Mais ça ne contient pas d’impact négatif sur la santé des populations", assure-t-il.

Ce vide est comblé par une importation majoritairement en provenance du Burkina Faso et un peu du Ghana et du Benin. D’où la cherté de la tomate en cette période.

"À cause de la pluie, quand les camions rentrent dans la brousse au Burkina, c’est difficile de ressortir et ils mettent pratiquement une semaine pour arriver à Lomé. Pendant le trajet, une partie de la marchandise pourrit. Il faut donc trier et c’est dans ce qu’on arrive à récupérer qu’il faut enlever toutes les charges. C’est pour toutes ces raisons que le même panier que nous vendions à 1000 franc CFA il n’y a pas longtemps coûte actuellement 4000 franc CFA", démontre Da silveira Adjoko, revendeuse de Tomate au marché d’Atikpodi à Lomé.

En saison normale, la tomate réussit bien dans la région maritime avec pour grandes zones de production, Afagnan et Afagnagan dans le Bas-Mono. Justement dans le bas-mono actuellement, grenier de la tomate au Togo, la pluie n’étant pas au rendez-vous, les producteurs de tomates ne savent plus à quel saint se vouer.  

"Cela risque encore d'exacerber la pénurie dans les 3 mois à venir", alerte Ismaël Tanko, qui pour faire face à la pénurie, propose ses purées aux consommateurs.

Il dévoile à agridigitale, que sa société est en pourparlers avec certains partenaires au Ghana, prêts à fournir la matière première toute l’année. Autrement dit, en lieu et place que les consommateurs consomment du concentré fait à base des colorants dangereux pour la santé, il suggère les purées sans additifs, sans colorants capables d’être conservés pendant deux ans.

L’expérience Israélienne à capitaliser

En contre saison (saison sèche) à partir du mois d’octobre, la culture de tomate marche beaucoup plus dans la partie nord avec pour grandes zones de production, la région des savanes et la région de la Kara.

Malgré quelques techniques de maîtrise d’eau que l’on observe par endroit, surtout dans la région maritime, la tomate ne réussit toujours pas très bien en contre saison dans le sud.

"C’est parce que non seulement la température et l’humidité ne lui sont pas favorables mais il y a aussi l’avirose (les maladies due aux virus) qui sont très virulents en ce moment", justifie Dr. Kpémoua Kossi Essotina, Directeur scientifique de l’Institut Togolais de recherche agronomique (ITRA).

Dans la grande partie du nord, s’il y a l’eau pendant l’harmattan, la production de la tomate est très favorable.

"Il y a de cela dix ans, les producteurs de tomate dans les régions du nord (Savanes et Kara), en gagnaient beaucoup mais actuellement, avec le changement climatique et le tarissement rapide des retenus d’eau, ça leur créé beaucoup de manque à gagner. Déjà à partir de fin décembre, c’est difficile de trouver l’eau alors que l’harmattan va jusqu’en février et mars", rapporte Dr. Kpémoua.

Dans le cadre de la coopération entre le Togo et l’Israël, l’ITRA a expérimenté avec succès la technique de serre sur sa station de recherche à Davié (dans la région maritime) où on a produit aussi bien la tomate que le concombre et les choux.

"Avec l’étude comparative entre le hors serre et le sous serre, les résultats sont très encourageants. Actuellement, nous envisageons de chercher des appuis pour avoir des serres plus grandes. Normalement, quand on a une serre de 500m2 et qu'on applique l’itinéraire qui est prévue avec une variété bien performante en plus d’une adduction d’eau, on peut améliorer les rendements au niveau du sud", détaille le docteur.

Il apparait donc clair que pour booster la production de la tomate au nord du Togo, il faut une maîtrise d’eau. Dans le sud, en plus de la maîtrise d’eau, il est préconisé la technique de serre qui  consiste à isoler la plante dans une enceinte de manière à ce qu’elle n’ait pas de contact direct avec l’extérieur.

Cela fait que les agents pathogènes n’attaquent plus la tomate. Ainsi, pourra-t-on produire de la tomate deux à trois fois dans l’année d'autant plus que le cycle de production de la tomate c'est 90 jours. Une très belle opportunité à saisir par les opérateurs économiques intéressés par le secteur agricole.

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ANANI E. & Fidel G.

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1 Contribution(s)

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