Financer un secteur à risque, une agriculture tributaire du climat, il y a de quoi être prudent. Mais, entre prudence et le gout  du risque à apporter un appui aux paysans à réussir leurs cultures, le togolais Langobou Issobassi Tchacondo a choisi son camp.

Sa structure, Aledjo Telecoms propose un financement adapté aux besoins du monde rural. Il s’agit du crédit vert. Et ça marche bien pour lui.

Agridigitale l’a rencontré lundi. Langobou Issobassi Tchacondo est convaincu que le crédit vert est la solution au financement du monde agricole au Togo et en Afrique. Pour y arriver, il a besoin d’être compris et accompagné aussi bien par l’Etat que par les investisseurs privés.

Agridigitale.net : L’agriculture contribue à 40% du PIB mais reste le parent pauvre du financement bancaire.  Comment peut-on expliquer cela ?

Langobou Issobassi Tchacondo : Au plan national, l’absence de financement bancaire à l’agriculture s’explique par un manque d’initiative de la part des banques de la place. En clair,  nos banquiers au Togo ne se sont pas suffisamment penchés sur la question. Si tel avait été le cas, l’assurance agricole serait déjà en vigueur au Togo pour faciliter les financements  dans l’agriculture.

Agridigitale.net : Les banquiers ont bien raison d’être prudentes pour des questions de garantie de remboursement ?

Langobou Issobassi Tchacondo : Au Togo, pour faciliter les financements  dans l’agriculture, il nous faut en premier lieu installer l’assurance agricole.

Développer l’énergie renouvelable dans les zones de production agricole afin que les effets du changement climatique soient atténués face à la production agricole

Je ne suis pas d’avis pour une banque agricole comme solution au financement de l’agriculture mais plutôt à inverser les dépenses  pour les fonds alloués au secteur agricole.  Puisque,  plus de 70% des financements depuis les années 90 sont destinés au fonctionnement alors que les moyens de production sont restés aratoires.

Il faut recadrer les financements des institutions de microfinances vers les besoins en production locale en incitant par le système fiscal, une réduction à l’importation de ce que nous pouvons produire sur place avant d’aller à une ou des banques agricoles  comme la Caisse Nationale de Crédit Agricole de l’époque  CNCA.

Agridigitale.net : En quoi consiste le crédit vert que vous proposez aux ruraux comme alternatif?

Langobou Issobassi Tchacondo : Le crédit vert est un financement adapté aux agriculteurs en ce sens que l’activité agricole se caractérise par une période où  les populations rurales ont les moyens de solvabilité et c’est en période de vente de la production. Pour bénéficier du crédit vert, l’agriculteur et l’artisan peuvent bénéficier d’une caution morale et justifier d’une activité réelle pour être éligible à concurrence du 1/3 de son revenu annuel.

Nous proposons également des machines agricoles comme les  tracteurs et  motoculteurs, appareils de récolte du coton, batteuses et vanneuses de riz. Ces équipements  sont vendus à crédits remboursables sur par échéance définie à la conclusion du contrat du crédit vert.

Installation d’un kit solaire au paysan au nord-Togo

Nos kits solaires ont été jusqu’à présent assemblés par notre unité artisanale. Nous en proposons à partir de 55.000 F CFA un kit solaire d’éclairage et charge de téléphone.

L’agriculteur et artisan pouvant bénéficier d’une caution morale et justifier d’une activité réelle peut en bénéficier à concurrence du 1/3 de son revenu annuel d’un équipement agricole ou d’un kit solaire auprès de notre société grâce à l’appui financier de certains de nos partenaires financiers.

Agridigitale.net : Que faire pour rendre le secteur agricole incitatif aux investissements privés ?

Pour ce qui est des politiques et programmes agricoles au Togo et en Afrique, je dirais que mon pays le Togo a beaucoup à faire dans ses politiques comparativement à d’autres pays au climat peu favorable à l’agriculture mais dont des excédents de productions comme la pomme de terre ; la tomate et l’oignon nourrissent la population togolaise.

Pour nos pays :

  • Il faut une incitation fiscale qui décourage les importations des produits agricoles que nos paysans peuvent produire localement comme au Nigeria ;
  • Il faut que nos pays instaurent l’assurance en matière agricole et que les intrants agricoles surtout l’engrais soit entièrement subventionné ;
  • Il faut que nos pays financent dans le développement de l’énergie dans les zones agricoles ;
  • Il faut une exonération totale sur les équipements agricoles et de productions d’énergie renouvelables (solaire, biogaz, éolien)
  • Il faut que nos pays respectent les accords de MAPUTO prise en 2003 en faveur de l’agriculture qui recommandent aux Etats de consacrer 10% de leur budget à l’agriculture ;
  • Il faut que les fonds alloués au développement de l’agriculture ne soient plus utilisés pour payer des frais de mission et dans l’organisation de séminaires et colloques.

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