Selon les experts réunis du 04 au 05 juin à Ouagadougou (Burkina-Faso), plus de 10 millions de personnes seront touchées par cette crise alimentaire de juin à août 2018. Dans le viseur, les populations localisées dans les pays tels le Burkina-Faso, Cap-Vert, Mali, Niger, Nigeria et Sénégal.

Cette crise alimentaire s’explique notamment par la mauvaise pluviométrie qui a entrainé les baisses sensibles de production dans certains pays par rapport à la campagne passée. Il s’agit par exemple de la Gambie (-29%), Burkina-Faso (-11%), Guinée-Bissau (-7%), et Tchad (-5,5%).

"Le plus critique est le Cap-Vert où la production céréalière a été totalement compromise par la sécheresse", alerte les experts. Il faut agir, et ce au plus vite. La Commission économique des Etats de l’Afrique de l’ouest(CEDEAO) a décidé de manifester sa solidarité régionale vis-à-vis des pays touchés.

Le RRSA redynamisé

Les experts du comité technique ministériel spécialisé agriculture environnement et ressources en eau de la CEDEAO ont en 48h examiné et adopté les modalités  de fonctionnement et de l'opérationnalisation de la réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA) et proposé des mesures urgentes en réponse à la crise alimentaire et nutritionnelle au sahel et en Afrique de l'Ouest.

Les échanges ont notamment porté sur l'état d'avancement de la mise en œuvre de la stratégie régionale de stockage ; les instruments de gouvernance de la réserve régionale de sécurité alimentaire (organes et règlements de fonctionnement) ; le projet de règlement portant création et fonctionnement du comité de gestion de la réserve régionale de sécurité alimentaire.

Pour l’essentiel, la réserve régionale de sécurité alimentaire (RRSA) a été une initiative prise en 2013 par les chefs d'Etats et de gouvernement de la CEDEAO par acte additionnel. L’union européenne (UE) a aussitôt apporté son appui à la réserve à hauteur de 56 millions d’euros qui a permis l’achat et le stockage des produits de la RRSA.

Le stock physique déjà stockés est de 10048,5tonnes et 15.691tonnes en cours de stockage, ce qui fait un total de 25.739,5t. Les produits concernés sont le mil, le maïs, le sorgho et le riz.

Ligne de défense de la Cédeao

"Cette réserve constitue la 3ème ligne de défense pour la CEDEAO pour lutter contre l'insécurité alimentaire au sein de l'espace communautaire", a d’emblée salué mercredi à Ouagadougou, Ouro-Koura Agadazi, ministre togolais en charge de l’agriculture à l’ouverture de la réunion ministérielle pour entériner les travaux des experts.

Egalement président du comité technique ministériel spécialisé agriculture de la Cédeao, le ministre Agadazi a souligné que "malgré la modestie du stock de la réservé régionale, sa mobilisation en faveur des populations vulnérables marquera la preuve de la solidarité qui est un pilier important de la Cédeao".

"Nous devons mobiliser nos propres moyens financiers et nous approvisionner auprès de nos producteurs agricoles et acteurs agricoles régionaux pour constituer les stocks de la réserve régionale.  C’est un impératif pour dynamiser notre agriculture et assurer notre sécurité alimentaire", a invité le ministre de l’agriculture.  

Il a salué la solidarité qui s’est déjà manifestée en août 2017 avec la livraison de 1.130 tonnes de céréales au Nigeria pour assister les populations du nord-est durement frappées par la famine. "C’est un impératif pour nous d’opérationnaliser la réserve en la dotant des organes, règles et procédures conformément à l’acte additionnel de la Cédeao", a-t-il exhorté.

Solidarité agissante

A Ouagadougou, la CEDEAO a manifesté sa solidarité régionale en faveur des pays éligibles à l’intervention de la réserve régionale en s’engageant à reconstituer les stocks mobilisés en réponses à leurs requêtes. Les quantités de stocks qui pourraient être mobilisés sont estimées à 25.735,5 t, soit Maïs (6573,3t), sorgho (6888,2t), Mil (7630t), riz (4648t).

Le Commissaire chargé de l’agriculture et des ressources en eau de la Cédeao, Sékou Sangaré a appelé les Etats à prendre des initiatives en faveur des populations affectées. Pour une solution durable, les experts ont entre autres recommandé d’introduire le financement de la réserve dans le budget de la Cédeao sur prélèvement communautaire afin de mobiliser 25 à 30 millions de dollars pour porter le stock physique à 60 mille tonnes.

Il est également prévu une allocation de fonds humanitaire de la CEDEAO au Cap-Vert et la mise à disposition des stocks physiques pour les autres pays en situation de crise.

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