Marius BAGNY

Pour ce Diplômé de l’Ecole nationale supérieure d’ingénieurs (ENSI) de l’Université de Lomé au Togo, qui a fait ses premières armes à Nioto, ce sont  les mêmes raisons qui expliquent les difficultés à recouvrer les crédits ou investissements.

Marius BAGNY dévoile ce lundi à Agridigitale tout ce qu'il faut savoir pour réussir tout projet agricole.

 

D’abord les compétences entrepreneuriales du promoteur

La plupart des jeunes ou primo entrepreneurs suivent des formations très sommaires dispensées par des consultants qui n’ont pas l’expérience requise pour coacher sur ce type de projets.

Lorsqu’on a un enseignant qui enseigne ce qu’il a lui-même vécu et expérimenté (donc compétents), il y a plus de chances que les apprenants soient mieux équipés. Malheureusement ce n’est pas toujours le cas.

Du coup ces jeunes sortent de ces séances pensant qu’ils maîtrisent maintenant tout et qu’ils sont à même de rédiger un plan d’affaire réalisable, de créer et de gérer une entreprise. Ils se bardent alors automatiquement du titre de DG (Directeur General) dès qu’ils ont la carte de CFE de leur Entreprise Individuelle.

Les faiblesses du plan d’affaire

La plupart des plans d’affaire de ces jeunes entrepreneurs sont souvent rédiger à la va-vite et ne sont généralement ni réalistes, ni raisonnablement réalisables. Leur projet décolle alors avec du plomb dans l’aile.

 Le plan d’affaire est avant tout un outil de base pour le promoteur avant d’être un document pilotage. C’est le principal document sur la base duquel un investisseur est convaincu d’investir dans le projet en considérant sa rentabilité et les conditions du retour sur investissement.

Première faiblesse : au cœur des projets d’entrepreneuriat agricole (agri business : production, transformation  se trouvent des aspects techniques dont la maîtrise assure et rassure sur la réussite du projet.

Malheureusement ces aspects techniques sont négligés par les promoteurs (lorsqu’ils ne sont pas eux-mêmes du domaine technico-industriel), ainsi que les investisseurs (Etats, Organismes, Fonds, Banques, Microfinances, etc.), qui ne font pas appels aux expertises requises et disponibles.

Je donne deux exemples :

  1. Installation d’une unité de transformation de riz de capacité de 5 tonnes/jour

Etant entendu que je compte faire travailler une équipe pendant 8 heures chaque jour et 6 jours par semaine. Si j’opte pour une unité de 625 kg de riz paddy par heure, je ne ferai pas les 5 tonnes en 8 heures, même avec une unité complètement automatisée.

Bien que 8*625 kg = 5000 kg = 5 tonnes, le vrai spécialiste expérimenté me dira que au cours de mes 3 premières années d’utilisation, j’attendrai tout au plus 90 maximum, 95% de la capacité nominale de production de l’unité.

Cette réalité de l’outil mécanique ou industriel, doit être prise en compte dans les estimations de mon plan d’affaire. Un économiste ou un financier qui rédige le plan d’affaire pour moi, devrait faire appel à un expert qui a une bonne maitrise de l’outil industriel de production.

Ce que ce spécialiste pourra encore dire au promoteur ou à celui qui monte le plan d’affaire, c’est qu’avec un outil industriel, il a la capacité de pouvoir atteindre des marges de 30% à 60% sur le prix de vente d’un produit qui a subi une transformation industrielle.

Dans le coût de production du produit, on prend en compte le coût de l’amortissement des équipements de transformation. L’amortissement étant annuel, le coût horaire de la machine qui travaille 8h par jour n’est pas le même que pour la machine qui travaille 16heures voir 24 heures par jour. Ce qu’il est possible de faire en mettant le bon dispositif en place.

  1. Installation d’une unité de transformation du soja en huile et tourteau

Mon estimation de la production doit tenir compte du taux de matières grasses que je peux avoir dans une graine de soja et du rendement de mon unité de production.

Une presse qui laisse 8% de matière grasse résiduelle dans le tourteau et une autre presse qui laisse 10% de matière grasse résiduelle cela fait une différence non seulement au niveau de la quantité d’huile que je peux tirer d’une tonne de soja mais aussi de la qualité du tourteau de soja que j’obtiens à la fin de ma trituration.

La technique de préparation des graines peut également jouer sur les performances de mon unité. Cela fera une différence au niveau du chiffre d’affaire, des capacités de remboursement du crédit et de la rentabilité du projet.

Deuxième faiblesse : le manque d’une étude de marché sérieuse et réaliste pour passer correctement à la commercialisation des produits. Les gens ne s’assurent pas qu’il existe un marché, ils n’en connaissent ni la configuration ni le comportement, ni les évolutions, avant de commencer à produire.

Suivi et l’accompagnement technique du projet

Lorsqu’on a veillé au bon montage technique du projet et lorsque les fonds sont débloqués, on doit veiller à faire une bonne acquisition des équipements. Une décortiqueuse à rouleaux ou à rotor en fonte ou en acier ne donnera pas le même rendement ni la même qualité de riz décortiqué.

Une unité de décorticage avec une décortiqueuse-polisseuse combinée ou une unité avec décortiqueuse + polisseuse séparées avec séparateur de paddy, ce ne sera pas les mêmes résultats.

Lorsque le promoteur ne maîtrise pas ces aspects et que l’investisseur ne sait ni lire ni suivre le projet qu’il a financé au regard de ces points, bonjour les désillusions.

Le plus simple pour se donner des chances d’éviter ses désillusions c’est de recourir à l’expertise requise dont le coût est bien en deçà du coût des désillusions.

Certains promoteurs privés qui investissent leur propre argent, tout en négligeant ou en faisant économie de l’expertise technique ou de l’assistance et des conseils  spécifiques à leur projet, se retrouvent également avec des désillusions ou des projets nains.

Lorsque vous refusez de payer pour une expertise, sachez que vous êtes partis pour perdre de l’argent, du temps, de l’énergie et plus encore votre santé à cause du stress dû à un projet qui ne grandit pas malgré les millions que vous avez investis.

Il faut toujours se donner une feuille de route réaliste en corrélation avec un tableau de bord de suivi de la réalisation et de l’évolution du projet, dans le respect des termes de son plan d’affaire.

2 Contribution(s)

  1. HOUEDAKOR Daté Amétépé say:

    Oui ceci est une pure vérité, ca m'a ouvert les yeux. nous refusons souvent de dépenser le peu d'argent dans le suivi technique,et nous sombrons dans le K-O. Le même problèmes, nous le trouvons dans les travaux publique et bâtiment de nos jours. je demande s'il le faut, une vaste campagne de sensibilisation dans tous les secteurs. Merci

    25/09/2018 04:34:33
  2. GAMADO komla christophe say:

    merci agridigitale.

    24/09/2018 15:16:21

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