Aujourd’hui encore, la transhumance transfrontalière et les risques de propagation des épizooties constituent une sérieuse menace pour le cheptel africain si rien n’est fait.

Dr Bitsha-Kitime Dieudonné Kabkia, diplômé de l’Ecole Inter Etats des sciences et médecine vétérinaire de l’Université Cheik Anta Diop de Dakar au Sénégal a développé une solution, résultat de trois ans d’intenses recherches.

Le jeune docteur togolais basé à Dakar a mis au point une innovation pour permettre aux Etats de mieux contrôler les mouvements des animaux associés à une meilleure maîtrise des maladies animales transfrontalières. 

Il s’agit d’une puce destinée à tracer l’animal partout où il se trouve.

"La puce est placée sur l’animal et permet de suivre où il est et sa position affichée sur une carte numérique. Elle permet aux services vétérinaires d’avoir une idée précise sur le cheptel afin d’agir efficacement", explique-t-il.

Administrateur des Services Vétérinaires, Enseignant Chercheur sur la santé et la biotechnologie animale, Dr Bitsha-Kitime Dieudonné Kabkia est l’invité jeudi du journal Agridigitale.

Qu’est-ce qui vous a motivé à mettre en place cette innovation ?

L'élevage est l'un des sous-secteurs agricoles les plus importants et les plus dynamiques dans les pays en développement tel que confirmé par la demande croissante de produits d'origine animale.

L’élevage représente environ 37 pour cent du produit intérieur brut agricole et ce chiffre continue de croître. Malgré sa croissance rapide à l'échelle mondiale, la production animale (viande, lait et œufs) en Afrique sub-saharienne connaît une croissance à un rythme plus lent du d’une part aux différentes épizooties que connait le monde régulièrement. Les maladies animales ont des répercussions socio-économiques importantes.

Plusieurs raisons expliquent l’apparition plus fréquente de pathogènes, et donc l’augmentation des problèmes sanitaires dans les élevages. Nous pouvons citer à titre d’exemple les déplacements des animaux, les changements climatiques, pour ne citer que ceux-là. Néanmoins, les mouvements de bétail constituent une des principales voies de propagation des épizooties et, par conséquent, un obstacle majeur au contrôle des maladies animales dans la plupart des régions du monde.

C’est ce qui nous a motivé à vouloir travailler sur les modalités d’identification du Bétail surtout que l’identification du bétail représente un volet essentiel des programmes visant la prophylaxie des maladies animales, la traçabilité et la sécurité sanitaire du bétail et des produits d’origine animale, la protection de la santé publique surtout des consommateurs.

D’ailleurs, l’Afrique l’a compris et c’est ce qui explique l’adoption par les pays d'Afrique subsaharienne, d’une déclaration relative à l'identification et à l'enregistrement des animaux, initiative qui devrait améliorer la sécurité alimentaire, la génétique du bétail et une meilleure gestion des cheptels, de la santé animale et de la lutte contre les maladies du bétail à Pretoria. 

Comment ça marche la puce ?

Chaque animal est porteur d’une puce équipée d’un récepteur GPS qui enregistre de façon périodique sa position au cours de ses déplacements. Ces informations sont récupérées automatiquement par une station de base, lorsque l’animal passe dans son périmètre.

Celle-ci sera située de préférence en un lieu où l’animal se dirige naturellement dans la journée (point d’eau, zone ombragée…). Dans la phase expérimentale de ce projet, nous sommes heurtés à un problème d’autonomie des puces.

Une alimentation au solaire a été privilégiée à la place des piles pour régler ce problème. Rappelons qu’à côté de la station de base, nous sommes en train de travailler plus sur une application mobile de préférence de gestion.

A quand sa vulgarisation complète ?

La phase technique et experimentale du Projet a été faite. Concernant la vulgarisation, nous comptons d’abord faire une autre phase expérimentale au Togo dans les jours à venir avant de nous lancer dans la phase nationale avec l’appui de l’Etat, et des bailleurs de fonds.

L’utilité de la traçabilité

La traçabilité permet de suivre le troupeau transhumant qui peut disséminer rapidement des maladies contagieuses dans ses déplacements. Ce qui mettrait en péril le cheptel de régions entières, voire tout un pays. Le problème devient particulièrement grave dans le cas de transhumance transfrontalière.

Une étude menée dans un ensemble de 12 pays d'Afrique (Burkina Faso, Tchad, Côte d'Ivoire, Ethiopie, Ghana, Guinée, Kenya, Mali, Mauritanie, Niger, Tanzanie et Ouganda) a montré que les pertes dues à la PPCB, maladie transfrontalière sont estimées par pays à 3,4 millions d'euros pour la PPCB endémique et 5,3 millions d'euros pour la PPCB épidémique.

La première épidémie de la peste bovine en Afrique a tué 10 millions de têtes de bovins sur l'ensemble du continent, ce qui a causé une famine généralisée en 1987, selon une étude de la FAO en 2011.

Le contrôle des mouvements des animaux, associé à une meilleure maîtrise des maladies animales transfrontalières, peut constituer un élément indispensable pour la croissance économique des pays en voie de développement.

En 2013, le Sénégal a équipé dans le programme d’identification électronique des équidés, 10 000 chevaux avec des puces électroniques. Ce qui signifie que c’est faisable et que c’est une solution vers laquelle il faut tendre.

Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler sur les possibilités pour notre service de traçabilité d’être couplée à un système de vente en ligne. L’éleveur pourra donc envoyer des informations sur son cheptel qui sera accessible à tous et le potentiel acheteur s’en servira pour pouvoir le contacter où qu’il se trouve et faire son achat.

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