Marius Bagny, ingénieur de conception en génie mécanique

Simple, un savant est celui dont le savoir est reconnu ou homologué par la société, ce qui n’est forcément pas le cas chez beaucoup. A chacun alors sa place et son rôle pour relever le défi d’une agriculture de qualité.

Et c’est bien cela que Marius Bagny, ingénieur de conception en génie mécanique, Expert de conception Technique et Industriel a relevé ce vendredi dans un entretien à agridigitale.

"On constate que beaucoup trop de nos entrepreneurs agricoles sont des savants et prennent des raccourcis qui se révèlent finalement être des chausse-trappes", note –t-il avec regret.

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M. Bagny a également mis l’accent sur le rôle des ingénieurs dans la réussite du Plan national du développement (PND) et a même suggéré des recettes, pour venir à bout, des inondations en ces périodes de pluies, dans la capitale togolaise, Lomé.

AGRIGITALE.NET : La société n’a toujours pas conscience du rôle de l’ingénieur

Marius Bagny : Oui, il y a une certaine conscience de l’importance de l’ingénieur dans la société, malheureusement et très souvent, c’est après les dégâts qu’on en prend véritablement conscience.

Dans ces conditions, le travail que nous nous évertuons à faire depuis bientôt deux ans, c’est la sensibilisation, l’information et des actions, pour amener les gens à prendre véritablement conscience de l’importance capitale et essentielle ainsi que du potentiel des ingénieurs.

AGRIGITALE.NET : A quand finalement l’ordre annoncé ?

Marius Bagny : C’est vrai que le 29 septembre 2018, nous avons entamé un processus qui devrait nous conduire à l’Ordre National des Ingénieurs du Togo (ONIT). 

La corporation des ingénieurs avait approuvé un projet de texte de loi portant réglementation de l’exercice de la profession d’ingénieur et création de l’ordre national des ingénieurs du Togo et un projet de code de déontologie qui sont proposés aux autorités nationales pour adoption.

Le 26 décembre 2018, au sortir de la première édition de la Journée nationale de l’Ingénieur, nous avions officiellement remis ces projets de textes ainsi que les conclusions de cette JNI au Ministre de l’Enseignement supérieur d’alors afin que l’information soit portée au niveau du Gouvernement.

Depuis l’installation du nouveau gouvernement, nous avons repris les contacts pour essayer de faire aboutir ce processus. Mais force est de constater que l’agenda du gouvernement a ses priorités face auxquelles nous sommes obligés de nous plier.

AGRIGITALE.NET : Sur le PND, votre corporation se mobilise. Que comptez –vous faire exactement ?

Marius Bagny : Il faut reconnaître qu’il ne peut en être autrement, si les ingénieurs se disent concernés par le Plan national de développement (PND). D’abord, dans ces trois axes, le PND fait indubitablement appel aux compétences et savoir-faire des ingénieurs.

Ensuite, nombre, d’ingénieurs ont des sociétés d’ingénierie et d’ingénierie-conseil, qui contribuent à l’économie nationale. Enfin, on ne peut pas parler de développement et ne pas mettre l’ingénieur au centre des projets qui vont dans ce sens.

Que nous faut-il concrètement pour contribuer à l’atteinte des objectifs du PND ? C’est simple : d’abord mieux comprendre le PND, sa vision, ses projets et leurs objectifs pour mieux s’en approprier, ensuite, avoir l’opportunité de faire des propositions et des suggestions et enfin avoir la possibilité d’être directement impliqués dans la réalisation des divers projets.

AGRIGITALE.NET : Justement sur l'axe 2 qui touche l’agriculture. Dites-nous votre réelle contribution ?

Marius Bagny : Il ne saurait en être autrement. Le Togo dispose déjà de plusieurs atouts et acquis qui tardent à être exploités à leur juste valeur.

Cela ne saurait se faire qu’en opérant une transformation profonde de notre agriculture comme cela est en train d’être fait. Nous sommes obligés de nous adapter au rythme du monde et de la mondialisation, de suivre ce qui se passe autour de nous et plus loin de nous, mais qui nous impacte forcément.

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Il est donc aujourd’hui tout à fait normal que notre modèle de développement soit centré sur le développement de notre secteur agricole, par la transformation industrielle de nos produits agricoles et ce faisant par la croissance de nos productions agricoles afin de satisfaire les besoins en matières premières de ces unités de industrielles.

AGRIGITALE.NET : Bon alors, je suis entrepreneur agricole, à quel moment dois-je faire appel à un ingénieur ?

Marius Bagny : Un proverbe espagnol dit :"Les diamants ont leur prix, un bon conseil n’en a pas".

En fait, dès que vous avez votre idée d’entreprise agricole, il est sage de faire appel à un ingénieur pour vous accompagner.

Selon sa spécialité, il fera appel aux autres spécialités d’ingénierie, dont vous avez indéniablement besoin, dans la mise en place, la croissance et le développement de votre entreprise agricole, si tant est que vous voulez bien faire les choses et réussir votre entreprise agricole.

Au-delà de votre idée, votre modèle d’affaire, le choix du terrain, son aménagement, les ouvrages et infrastructures à installer, les matériels et équipements pour la production, la gestion des énergies, l’utilisation des nouvelles technologies dans la production, la transformation éventuelles de vos produits, nécessitent des études, des choix, des réalisations, du suivi et du contrôle, etc.

Un ingénieur vous  aidera à mieux réussir. On constate cependant que beaucoup trop de nos entrepreneurs agricoles sont des "savants" et prennent des raccourcis qui se révèlent finalement être des chausse-trappes.

AGRIGITALE.NET : Les pluies ne font pas que du bien, il y a des zones inondées.  Que proposez-vous comme solution ?

Marius Bagny : Nous sommes forcés de constater, qu’il y a une résurgence des inondations, alors que le souci semblait avoir disparu à la faveur des ouvrages réalisés ces dernières années, dont il faut tout de même saluer la réalisation.

Aujourd'hui où nous sommes en plein dans la saison des pluies. Le spécialiste en génie civil vous dira que : « les solutions sont nombreuses et peuvent être à très court terme. Dans ce programme de SOS il y a possibilité d'intégrer des solutions à long terme et c'est du cas par cas. Quand bien même le sujet commun est "inondation" les sites concernés ne sont pas les mêmes.

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A chaque site une solution appropriée. Cependant, il y a des dispositions communes : 1. curer et déboucher les caniveaux, déboucher les bouches d'avaloirs sur toutes les routes avant, pendant et après les pluies ; 2. redimensionner les pompes de relevage qui existent déjà et assurer leur fonctionnement continue en temps de pluie (pompes et accessoires en bon état, disponibilité du carburant et lubrifiant, agent de maintenance, etc.) ; 3. Dans certaines zones, il y a des ouvrages de traversée ou des exutoires supplémentaires à construire rapidement et cela peut se faire à l'aide des buses armées et caniveaux préfabriqués en fonction de l'observation faite pendant et après la pluie, suivi de quelques petites études de débit et de dénivelée ; 4. Là où la zone est complètement encaissée et où il n'y a pas d'ouvrage de collecte ou d'évacuation de l'eau, le corps des sapeurs-pompiers doit être mis à contribution pour assurer l'évacuation rapide des eaux". 

Enfin, penser à une résolution définitive du problème relève d'une consultation large et concertée. Le problème ne doit pas être pris de manière sectorielle mais il doit être pensé d'une manière globale ; c'est là que l'ONIT peut intervenir et apporter sa contribution.

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