Togbui Joël Kwassi Mensah MLAPA VI

Cet exercice intervient au lendemain du grand séminaire gouvernemental présidé dimanche par le président Faure Gnassingbé. Les défis qui attendent le gouvernement Klassou2, surtout, ceux relatifs au secteur de l’agriculture sont énormes.

Marius E. BAGNY, Expert Technique et Industriel

Les besoins sont déjà énormes et il est lui-même bien placé pour le savoir. Il est donc conscient des attentes, cependant, le Ministre de l’Agriculture travaillera selon la feuille de route du Gouvernement.

Ceci étant, à la lecture du programme présenté à l’Assemblée Nationale et sachant dans quelle direction le Gouvernement veut aller avec le PND (Programme national de développement), nous pensons que les priorités du nouveau Ministre de l’Agriculture, de la Production Animale et Halieutique doivent être :

  1. Un audit/diagnostic indépendant et objectif du volet  mécanisation agricole des divers programmes pilotes par son département : PADAT, PASA, PNIASA, PNIASAN, etc.
  2. Un diagnostic indépendant et objectif de la mécanisation sur les ZAAP ;
  3. Un diagnostic organisationnel et opérationnel des ESOP riz et soja.
  4. La mise en synergie des activités et actions des divers projets et programmes du département pour une convergence des résultats afin de non seulement rationaliser les ressources mises en œuvre, mais surtout de faire passer l’agriculture togolaise à l’échelle et la tirer vers le haut. Il y a une seule agriculture togolaise et il est indispensable que les actions et activités soient convergentes pour son développement efficient et durable.

Ayant été précédemment Coordonnateur du MIFA, ses expériences capitalisées lui permettront d’avancer efficacement dans la réalisation de sa mission.

Connaissant un peu sa rigueur et son dynamisme, il doit constamment se rappeler ce que disait Conficius : "Lorsque tu fais quelque chose, sache que tu auras contre toi, ceux qui voudraient faire la même chose, ceux qui voulaient le contraire, et l’immense majorité de ceux qui ne voulaient rien faire".

Nous pensons que la nomination de Monsieur BATAKA Noël est tout simplement une consécration. Il a abattu un travail énorme au niveau du MIFA avec les premiers bilans plus que satisfaisants.

Dieudonné KABKIA, Enseignant-Chercheur

Tout d'abord, il faut qu'il accentue encore plus l'approche filière par la création de véritables filières de transformation, allant jusqu’aux produits finis.

Il faudrait que les produits de récoltes surtout soient achetés à des prix assez intéressants en vue de permettre aux agriculteurs de pouvoir vivre de la terre.

Nous attendons de lui un lobbying pour l'amélioration des infrastructures rurales pouvant permettre aux agriculteurs de faire déplacer aisément les produits de leur récolte et les vendre à des prix assez intéressants dans les marchés voisins ou les grands marchés des villes.

Nous attendons aussi de lui un lobbying en vue de doter notre pays d'une banque agricole prioritairement chargée de gérer tous les fonds destinés au secteur de l'agriculture.

Le Sénégal depuis les années 80, s'est doté d'une banque agricole chargée de gérer les fonds destinés à l'agriculture avec des prêts et un suivi qui cadre avec les réalités du champ. A titre d'exemple, au compte du financement de la campagne de commercialisation de l’arachide 2017-2018, la Caisse nationale de crédit agricole (Cncas) a décaissé 20 milliards de francs CFA.

Cette banque propose des financements par secteurs (élevage, agriculture, pêche, foresterie...).

Les prêts concernent l'approvisionnement pour l'achat d'intrants agricoles; les prêts d'investissements et d'équipement, des prêts d'embouches pour les filières bovines, ovines...pour l'achat des animaux, des aliments de bétails et produits vétérinaires, et même des prêts d'installation pour professionnel vétérinaire par exemple pour qu'il puisse ouvrir son cabinet et se doter de divers équipements pour le bon fonctionnement de son cabinet. 

Le Burkina a emboîté le pas ainsi que le Côte d'Ivoire. Le Togo pourrait s'inspirer du Sénégal, leader sur la question depuis plus de 30 ans en vue de proposer un dispositif encore plus allégeant pour les agriculteurs. 

Ensuite, nous attendons de lui une approche axée sur le consommer local. Ceci va permettre de booster véritablement la production interne, l'accélération de la modernisation de l'agriculture, et que le foncier soit au cœur de son développement du secteur. 

Enfin, nous pensons que le secteur de l'élevage même s’il est présent dans le portefeuille du ministère, est généralement pas très mis en avant comme avec l'agriculture.

Ce serait intéressant que le dynamisme qu'on note dans le développement du secteur de l'agriculture soit impulsé véritablement au secteur de l'élevage en concert avec les professionnels du secteur que sont les vétérinaires, professionnels de la santé et de la production animale, et aussi des zootechniciens pour ne citer que ceux-là.

Lambert NAYANTE, Expert International en agriculture bio

On doit cesser de considérer le monde rural comme un patient où les ministres jouent le rôle de médecin. Le dynamisme du nouveau ministre doit nous aider tous pour augmenter la productivité par hectare en passant de 1tonne de maïs par hectare à 10tonnes.

Pour y arriver, la mise en place d’une banque de semences et l’appui à la vulgarisation des techniques agricoles sont désormais nécessaires.

Ces milliers d’ateliers de validation qui finissent dans des tiroirs doivent faire place à la mise en place d’un label pour tous les produits agricoles en misant sur la qualité, gage de marchés garantis.

René Novissi TEWOU, promoteur agricole, porteur du projet village 2000ha

Je veux d’abord saluer ceux qui ont désigné notre jeune battant, dynamique et proactif Noël BATAKA comme ministre, parce que pour moi, c’est un mérite.

Quand bien même qu’il est jeune, il est expérimenté en accompagnement des paysans, en développement agricole et c’est salutaire pour nous qui sommes aujourd’hui dans ce monde rural.

Moi, je pense qu’il est le ministre des 80% de la population togolaise. Je dis même que c’est le ministre de plus de togolais. Puisque, plus de 80% de la population est dans le monde rural.

Le Togo comme tous les autres pays d’Afrique sont à majorité rural où on a plus de terres nourricières. Mais malheureusement, nous ignorons cela.

Nous souhaiterions qu’il donne les moyens à tous les jeunes qui ont fait des formations agricoles de retourner au village pour empêcher les vieux fatigués de cultiver à revendre toutes nos terres aux étrangers.

Pour intéresser les jeunes, il faut s’attaquer au problème de pistes rurales, d’électrification rurale et d’eau. En saison sèche, le paysan n’a plu d’eau. Les gens quittent le village de Todomé pour venir à Notsè pour venir acheter de l’eau dans son bidon jaune de 25 litres à 25fr.

Il y en a qui ne se lavent plus à cause du manque d’eau. Il faut donc penser aux forages à vil prix et surtout aux barrages. Je demande à ce qu’il visite davantage les fermes pour écouter nos doléances et qu’on l’aide à les exécuter.

Il faut sécuriser les terres, il faut donner la possibilité aux paysans d’avoir de l’argent ; ça veut dire que les structures de microfinance doivent être plus ouvertes pour ne plus demander de garantis fous aux paysans avant de lui faire des prêts.

Il faut finalement créer une banque agricole ou une banque rurale. Par rapport au MIFA, il faut diversifier les produits pour que chacun puisse aller vers où il veut pour avoir son argent. Que celui qui veut produire produise et celui qui veut transformer transforme.

Eric AMETSIPE, président de l’Association Impact-Agro-biz

Le nouveau ministre peut lancer l'audit de son service pour connaître les forces,  les faiblesses,  les opportunités et les menaces (analyse swot)  et développer une intelligence agricole  pour atteindre la FAIM ZERO.

Il pourrait créer deux puissantes cellules: Un dream Team et une cellule de communication.  Il pourrait interagir avec les paysans,  ONGs,  les services techniques et les consommateurs pour susciter un débat national sur l'agriculture,  l'élevage et la pêche  et libérer les togolais de la faim et ce, dans un réseau d’intelligence collective.

Pour suivre tout ce qui se passe, il pourrait passer 4 jours au bureau et 2 jours de visite de terrain. Que les services inefficaces soient renforcés ou transformés. Faire par exemple des chambres d’agriculture, une chambre d’innovation et d’intelligence agricole.

Il lui faudra un agenda clair et les deadlines pour la réussite annuelle des projets ou objectifs à atteindre.

Togbui Joël Kwassi Mensah MLAPA VI, chef canton de Togoville

Je souhaite vivement que le ministre tourne son regard vers le Lac-Togo. C’est une grande source de poissons mais la pratique des pêches illicites fait que notre Lac ne fournit pas comme cela se doit.

Qu’il nous aide dans notre lutte contre les braconniers et à faire de la pisciculture pour avoir de gros poissons.

Au niveau de l’élevage, nous souhaiterions également qu’il nous apporte de l’aide en renforçant la capacité des acteurs de ce secteur et en mettant à leur disposition des géniteurs.

J’invite le ministre à envoyer ses émissaires un samedi dans le marché de Togoville pour venir voir la quantité du gari, du tapioca qui sortent de notre canton alors qu’au même moment, les producteurs demeurent dans la précarité totale.

Je voudrais qu’il fasse en sorte que les commerçantes de mauvaise foi ne viennent plus acheter ces produits à vil prix pour aller se faire des fortunes sur le dos des producteurs.

LEGBEZE Dosseh, Président de la Fédération Nationale des Unions Coopératives de Pêche du Togo

Au niveau de la pêche, le premier chantier auquel nous souhaiterons qu’il s’attaque, c’est le projet d’aquaculture qu’il a déjà déclenché lorsqu’il était à la tête du MIFA.

Ce projet consiste à mettre un site d’aquaculture dans chaque région (Dapaong, Mango, Kara, Atakpamé, Bas-Mono) pour augmenter la production nationale et réduire le prix pour les consommateurs.

Alphonse Pya-Abalo AMANA, promoteur de la chaîne des producteurs agricoles de Kara

Nous avons besoin d'une journée porte ouverte à Kara pour recenser les besoins des producteurs.

Nous exhortons le nouveau ministre à axer ses efforts sur les réformes administratives dans le domaine agricole (nous avons trop de personnes âgées qui sont fatiguées) ; recruter des nouvelles personnes dans l'administration locales agricoles (surtout les jeunes).

Pour la production, aider les producteurs à comprendre la bonne raison de produire avec les semences certifiées afin de bien accroître nos rendements et financer les jeunes qui font des efforts pour avancer.

AGBALENYO Kossi, Directeur de l’ONG AGIDE

Le besoin qui se fait le plus sentir dans la préfecture du Zio, c’est celui de l'emploi des jeunes. Il y a du potentiel dans le milieu, mais il manque les moyens financiers pour créer. Alors, l'expansion du MIFA à toute la préfecture sera une solution urgente et durable pour nous.

M’bantana GUEMA promoteur de Guema Concept

La mécanisation agricole est une priorité pour solutionner le problème de main d'œuvre en milieu rural. Le soutien et la promotion de nos innovations locales est une occasion de fierté nationale et de promotion de la consommation locale.

La région centrale ne diffère pas trop des autres régions. Le nouveau ministre est compétent et je souhaite qu'il fasse la promotion des entreprises agricoles et surtout des entreprises compétentes de mécanisation agricole qui soutiendront son action durant son administration à la tête de l'agriculture.

Eric YEBO, Exploitant agricole

Il doit rapprocher les ingénieurs des exploitants agricoles pour leur encadrement.  L'un des premiers chantiers, ce sont les pistes rurales. Il faut qu’il pense aussi à soutenir la création des unités agro industrielles pour la transformation des produits agricoles.

Christopher DEGBOEVI, Agroéconomiste, Spécialiste en Ingénierie Agronomique et en  protection des végétaux

Jeune, Dynamique et téméraire, le nouveau Ministre en charge du secteur agricole est un technocrate chevronné, rompu à la tâche qui a une parfaite maitrise de son secteur et des attentes des différents acteurs.

Etant lui-même, Expert Agronome puis spécialiste en Ingénierie Institutionnelle, il sait très bien que les institutions ne valent que les ressources humaines chargées de les animer.

Le déficit du personnel dans son département est grand, plus de concours de recrutement depuis 2008 alors que les départs à la retraite sont légion et l'instabilité des contractuels et des volontaires n'est plus à démontrer.

Même si le recrutement du personnel ne relève pas de son département ministériel, il devrait négocier avec ses collègues de la Fonction Publique et de l'Economie et des Finances pour un recrutement sectoriel pour renforcer le personnel du MAPAH et les structures affiliées. 

Le problème d'utilisation intensive et abusive des intrants agricoles non homologués en provenance du Ghana avec des externalités négatives sur la production, la santé et l'environnement est éminent et une des causes est la perception au cordon douanier de 18% de TVA sur certains intrants agricoles dont les produits phytosanitaires et les engrais foliaires et qui se répercute sur les producteurs agricoles avec des prix plus élevés que ceux non homologués en provenance du Ghana.

Nous espérons que  le nouveau locataire du MAHAP prendra au sérieux cette problématique de commun accord avec les ministères de l'Economie et des Finances et celui en charge du commerce pour faire sauter cette TVA de 18 % tout comme dans les autres pays de la sous-région afin de donner des chances égales à tous les producteurs dans l'acquisition de tous les intrants.

Catalyseur de chaîne de valeurs agricoles, le MIFA dont il a personnellement conduit les études de base et en assure la coordination a donné des résultats spectaculaires et encourageants.

Il ne reste qu'à l'élargir sur les autres filières et booster les services financiers et assuranciels  dans le secteur agricole, le tout adossé à la recherche des marchés : local, sous régional et international pour optimiser les systèmes de production et permettre à l'agriculture togolaise de jouer son rôle moteur dans l'économie.

Il ne devrait pas faire fi de la consolidation des acquis des programmes/projets en cours dans le secteur dont l'ambitieux Programme National d'Investissement Agricole et de la sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (PNIASAN) qui reste le point d'ancrage de toutes les stratégies en lien avec le secteur agricole.

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