La cloche raisonne pour la fin de l'individualisme (photo agridigitale)

Généralement il se dit dans certains milieux que les agriculteurs togolais sont abandonnés à leur sort, ils manquent cruellement d’accompagnement, ils ne sont pas soutenus, ils ne sont pas financés, etc. 

La réalité c’est qu’il y a eu des programmes et que d’autres  programmes sont en cours, mais on ne se demande pas toujours qu’est-ce que l’agriculteur togolais a fait des soutiens qu’on lui a déjà apportés et qu’on continue à lui apporter, afin de développer son exploitation, de passer d’une agriculture familiale à une agriculture professionnelle.

Dans cette affaire, il faut reconnaitre que l’agriculteur lui-même n’est pas un saint.

L’individualisme des agriculteurs

Beaucoup d’agriculteurs et d’éleveurs togolais sont tellement individualistes. Cette agriculture individualiste, même pas familiale (puisque dans une même famille chacun préfère avoir sa petite parcelle), fait que nous avons de petites exploitations mal exploitées.

Jusque dans les coopératives où les gens sont censés se mettre ensemble pour être plus forts et pour mieux se développer et se professionnaliser, cet esprit individualiste fait que cela n’évolue pas vraiment.

Ailleurs lorsqu’on parle d’exploitant agricole on parle d’une dizaine d’hectares, d’une exploitation professionnalisée, d’une véritable entreprise agricole. Ailleurs lorsqu’on parle d’éleveurs de volailles par exemple, on parle d’au moins 10.000 têtes, ici les gens te disent avec fierté, « je suis un grand éleveur  dans ma localité» ; Combien de têtes ? « J’ai 500 têtes mais je veux passer à 1.000 », etc. C’est vrai qu’on trouve des fois des gens qui emblavent une dizaine d’hectares ou quelques dizaines mais qui sont loin d’être professionnels.

La mécanisation et le mythe du tracteur

Dans le milieu agricole on considère abusivement que le tracteur est le symbole de la mécanisation agricole ou du développement agricole. On considère même à tort que le rapport hectares/tracteur faible est le signe d’une agriculture "développée".

Les seuls avantages du tracteur par rapport à une paire de bœufs sont sa vitesse et sa puissance. Bien que ceci ne soit pas sans intérêt, ce n’est pas non plus une garantie de croissance des rendements ou de la productivité.

En réalité le bon processus de production agricole nécessite trois types d’engins tractés : la charrue, la moissonneuse et la batteuse. D’autres outils tels que les herses, semoirs, etc. viendront compléter l’arsenal.

Il est sans conteste que le développement de notre agriculture pour soutenir les visées de l’axe 2 du PND 2018-2022, passe par sa mécanisation mais encore faudrait-il savoir quoi faire et comment le faire.

En France, il y a 70 ans, pour l’exploitation de 100 ha de terrain, on avait 10 hommes et 10 chevaux ; aujourd’hui, pour 300 ha on a 1 homme avec des équipements, c’est cela l’agriculture qui évolue et qui se développe.

Aujourd’hui nous devons avoir l’intelligence de profiter des avancées technologiques et des expériences capitalisées ailleurs, pour faire des bonds qui nous rapprochent des vraies exploitations agricoles professionnelles.

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Marius E. BAGNY, Ingénieur de Conception en Génie Mécanique, Diplômé de l’ENSI

Expert Technique et Industriel

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