Cette document-synthèse réalisé par le journal Agridigitale résume en 7 grandes étapes ce que le pays peut faire pour réussir sa réforme agricole ambitieuse au même titre que le Rwanda, aujourd’hui, un grand modèle qui inspire nombre de pays sur le continent. D'autres pays peuvent également suivre l'exemple.

Sur le plan juridique

Il est impérieux de redéfinir la politique foncière au Togo (le Togo a hérité du principe allemand qui voudrait que l’Etat ne soit pas propriétaire terrien), ce qui crée aujourd’hui une anarchie et une vraie cacophonie dans la vente et l’attribution des terres cultivables.

La mise en œuvre d’une politique foncière au Togo doit relever d’un véritable courage de la part du gouvernement appuyé par un dialogue avec les propriétaires terriens.

Ce qui de fait devrait conduire à des états généraux sur le foncier au Togo avec la possibilité de la remise en cause des lois séculaires sur le foncier.

Les spécialistes du cadastre, du droit foncier, et les chefs traditionnels devraient être pris à contribution. D’ailleurs, l’adoption par le gouvernement du nouveau code foncier en juin 2018 est déjà un signal fort et son application permettra de régler bien de problème.        
 

Sur le plan éducatif  

L’initiation à l’agriculture doit occuper une place de choix tant au primaire, au secondaire, qu’au supérieur, à travers laquelle les jeunes Togolais, filles comme garçons, seraient formés aux techniques pratiques de l’agriculture.

Un accent particulier devrait être mis sur la sensibilisation et la formation de toute la population sur l’importance du reboisement.

A l’école par exemple, chaque élève devrait être en mesure de développer un plant qu’il ou elle mettrait en terre au jour favorable de la journée de l’arbre.  


Il est aussi nécessaire de créer des institutions publiques et privées de formation en agriculture, élevage et pêche dans toutes les régions du Togo. Les futures installations des IFAD seront un plus pour booster l’agriculture.

Dans le domaine technologique  

Nous devons promouvoir une agriculture moderne et motorisée répondant aux réalités et contraintes de nos milieux. Selon les statistiques du PNUD, actuellement 89% des superficies cultivées sont emblavées avec du matériel aratoire (houe, coupe-coupe et daba). Seulement 1% des exploitations sont équipées d’un tracteur.      
L’aquaculture devrait être développée sur toute l’étendue du territoire sans exclusif afin de doter nos populations en produits halieutiques. Cette politique va de pair avec les techniques de maitrise d’eau.

Renforcer et promouvoir les programmes de vaccination des animaux en guise de prévention contre les maladies de tous genres,     réaliser la politique de groupements agricoles. Par exemple, des jeunes de spécialités diverses peuvent se mettre ensemble et créer des projets agricoles, d’élevage et de pêche.   

Passer à une agriculture contractuelle

L’agriculture contractuelle aura pour avantage de diversifier les clients des agriculteurs. L’Etat ne sera plus le seul acheteur, les agriculteurs pourront s’ouvrir aux entreprises privées.

Ceci aura l’avantage de booster la filière dans son ensemble. Cela facilitera la transition des agriculteurs de subsistance à l’agriculture commerciale, offrant un potentiel de réduction de la pauvreté rurale. En outre, pour ne pas exclure les petits exploitants, il faut des clauses contractuelles prévoyant une assistance technique et un préfinancement des intrants.

Ces contrats agricoles permettront surtout aux agriculteurs d’en tirer profit au maximum car ils ont un marché sûr pour leurs produits et la sécurité de travail dans le processus de production.

L’agriculture contractuelle implique que la production agricole soit réalisée sur la base d’un accord entre l’acheteur et les producteurs agricoles.

Parfois, cela implique que l’acheteur spécifie la qualité requise et le prix, l’agriculteur acceptant de livrer à une date ultérieure.

Plus communément, cependant, les contrats définissent les conditions de production des produits agricoles et de livraison dans les locaux de l’acheteur.

L’agriculteur s’engage à fournir des quantités convenues d’une culture ou d’un produit d’élevage, sur la base des normes de qualité et des conditions de livraison de l’acheteur.

En contrepartie, l’acheteur, généralement une entreprise, accepte d’acheter le produit, souvent à un prix fixé d’avance. L’entreprise accepte également souvent de soutenir l’agriculteur en fournissant, par exemple, des intrants agricoles, en aidant à la préparation des terres, en fournissant des conseils de production et en transportant les produits dans ses locaux. Le Rwanda a expérimenté cette approche qui a permis de booster l’agriculture rwandaise . 
 

Dans le domaine des infrastructures 

La maitrise de l’eau par le principe de création des retenues d’eau, des puits et des canalisations avec pour objectif la pratique de l’irrigation pour faciliter les cultures de contre-saison est importante.

Nous devons achever la construction des routes et pistes rurales pour le désenclavement des villages et des sites d’exploitation agricole d’élevage et de pêche.

Sur le plan financier et commercial  

Nous devons mettre en place des institutions financières de soutien et de promotion des projets d’agriculture, d’élevage, et de pêche.

Sur la base des expériences heureuses ou malheureuses acquises de la Caisse Nationale de Crédit Agricole (CNCA), créer des institutions financières plus efficaces de soutien et de promotion des projets agricoles, d’élevage, et de pêche.  

Le développement d’un marché intérieur togolais, africain, et étranger de consommation de nos produits est important. Ainsi, devons-nous sensibiliser la population togolaise à l’amour pour les produits cultivés localement.
 

Afin d’éviter la spéculation sur les produits agricoles par des commerçants véreux, il faudrait créer des structures de stabilisations avec la possibilité de stockage des produits agricoles dans toutes les préfectures à la fin des campagnes agricoles.

Ce qui implique l’homologation des prix des produits agricoles sur toute l’étendue du territoire.

Malgré la politique d’économie libérale, une mesure douanière devrait décourager et limiter l’importation sur le territoire togolais des produits agricoles concurrents d’autres pays.
 

Sur le plan institutionnel  

La mise à contribution effective des chambres d’agriculture régionales dans le prolongement de la décentralisation de nos structures administratives est impérative. Ces chambres d’agriculture seraient des arènes où se discuteraient toutes les questions relatives à la promotion de l’agriculture, l’élevage et la pêche et à la protection des droits des paysans et agriculteurs Togolais.

La redynamisation des foires annuelles d’agricultures pour promouvoir, récompenser, et encourager les agriculteurs, éleveurs, et pêcheurs Togolais s’avère aussi nécessaire.        

Enfin, nous devons élaborer une politique de maitrise et de contrôle de la divagation et la transhumance des animaux afin d’éviter les récurrentes querelles sanglantes et meurtrières entre agriculteurs et éleveurs.

 

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