La transformation de la matière première devient un impératif

Outre cette augmentation substantielle de 15F.Cfa sur le prix du kilo, la Nouvelle société cotonnière du Togo (NSCT) renseigne sur une "baisse significative" du coût des intrants aux producteurs.

Principale conséquence : non seulement le revenu des producteurs va s’améliorer, mais le rendement pourrait également s’accroître. Le cap fixé est de 180.000 hectares à emblaver pour une production minimale de 150.000 tonnes.

La filière espère produire 200.000 tonnes de coton-graine à l’horizon 2022.  Selon certains spécialistes, les indicateurs (+17% d’augmentation), permettent de croire, que d’ici 4 ans, l’objectif fixé sera atteint.

Déjà, à la précédente campagne (2018-2019), 137.255 tonnes de coton-graine ont été produits pour un rendement de 764 kg/hectare. Ce qui est rassurant.

Durant cette même période, le revenu net versé aux producteurs s’élève à près de 24 milliards de francs.

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De même, un complément de prix d’achat de 35 francs par kilogramme de coton-graine vendu sera payé aux producteurs, portant le prix d’achat de la campagne 2018/2019 à 285 F/Kg. Selon la NSCT, "le prix final de cette campagne est le meilleur prix pratiqué dans la sous-région".

Le défi de la transformation

L’économiste togolais, Nadim Michel Kalife fait d’abord le constat qu’après 60 ans d’indépendance, les Etats de l’Uemoa n’ont pas été en mesure de mettre en place de véritable politique d’industrialisation.

"Elle devrait pouvoir contacter un grand industriel qui prendrait en charge la transformation locale du coton brut en tissu simple que l'on exporterait à d'autres industriels  fabriquant des tissus élaborés , ou bien l'on pourrait, à l'échelle de l'UEMOA, produire des T shirts à un coût compétitif, si c'est à grande échelle, ce qui exige un service commercial efficace à l'exportation", analyse M. Kalife.  

Le coton brute tiré du champ

Il rappelle "qu'aujourd'hui, le salaire de base en Chine est plus élevé qu'en UEMOA, à la différence des années 1990".

L’opérateur économique Lambert Nayanté souligne que les investisseurs sont prêts à investir dans la transformation du coton, créér des emplois et de la valeur ajoutée.

Mais, pour y arriver, le secteur a besoin d’être complètement restructuré et nécessite la mise sur pied d’un plan ambitieux.

"Il faut l’ouverture du marché à la concurrence, des mesures incitatives pour attirer des investisseurs par l’exonération des droits de douane et taxe sur le matériel industriel à installer. Surtout, que l’Etat cède sa part à un investisseur désireux de promouvoir le secteur. Aujourd'hui, le prix du coton-graine acheté chez les producteurs ne dépasse pas 250fcfa. Avec une privatisation à 100% et la pratique de l’innovation dans ce secteur, on pourra plus créer de la richesse aux producteurs et créer des emplois décents", suggère –t-il.

Christopher Degboevi, grand spécialiste du coton souligne que "si l’Etat souhaite une véritable relance des usines textiles de Datcha et de Kara, il faudrait par exemple,  s'assurer de la disponibilité permanente et à bon prix de la matière première (fibre de coton) ; des équipements les mieux adaptés pour la transformation ; s'assurer de la question d'énergie ; s'assurer de moindre ingérence politique". 

La baisse du prix, la pomme de discorde ? 

L’une des conditions posées par certains investisseurs pour relancer l’industrie textile au Togo est la revue à la baisse du prix d’achat du coton-graine. L’argument opposé par la NSCT est que "les prix suivent les cours mondiaux et demander un prix trop bas serait compliqué".

L'usine textile de Datcha en attente de repreneur

Pour chaque campagne par exemple, c'est par appel d’offres au plus offrant que les fibres de coton sont vendues aux sociétés qui répondent mieux aux conditions de paiement, de prix etc.

"La NSCT est dans un processus de marché public et les grés à grés ne sont plus autorisés. Si le prix des autres pays est largement plus avantageux, les producteurs n'accepteront jamais céder à l'usine locale implantée à prix plus bas. C'est une filière organisée. Les actions de la NSCT sont aujourd'hui détenues par l'Etat et les producteurs ont un grand rôle", analyse Christopher.

Pour lui, "les producteurs attendent des meilleurs prix et c'est sur ce point que la NSCT bâtit en partie sa stratégie de relance". "Les prix sont en amélioration d'année en année. 5f de moins sur le kg, c'est 650millions de manque à gagner", prévient-il.

Il précise que "le Togo cède gratuitement les semences de coton aux producteurs et qu’il faudrait refaire des études de base pour avoir une structuration plus fixe et plus détaillée des prix, évaluer les différents coûts d'approche avant toute prise de décision".

En revanche, cette position est battue en brèche par Lambert Nayanté qui estime que "la pratique des prix sur la base d’appel d’offres fausse la loi du marché et n’aide pas à industrialiser la filière".

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"Si on doit toujours vendre le coton au plus offrant, on ne s’industrialisera jamais. On préfère vendre le produit égrené (coton fibre) pour des devises que de vouloir le transformer sur place pour résoudre le chômage des jeunes. Nous consommons plus les tissus transformés en pagne chez nous. Pourquoi ne pas se concentrer sur son industrialisation et permettre aux investisseurs désireux de venir s’installer dans notre pays pour faire évoluer ce secteur", s’est-il interrogé.

Prudence et réflexion

Si le dynamisme affiché par le gouvernement pour relancer l’or blanc ne fait objet d’aucun doute, la prudence est toutefois de mise pour que des mesures soient prises de manière à garantir une rentabilité durable à l’ensemble des acteurs de la chaîne de valeur cotonnière.

Des réflexions sont en cours, les diverses propositions sont minutieusement étudiées et examinées pour trouver la formule, la plus juste pour attirer les investisseurs vers la transformation en lien avec l’axe2 du Plan national de développement (PND).

Pour couper la poire en deux, Christopher Degboevi suggère par exemple "que l'investissement dans une industrie textile ne devrait pas être à 100% du privé".

"Si l'Etat et les producteurs n'ont aucun intérêt de prix par rapport au marché international, il y aura un souci. Mais au-delà du profit monétaire, l'Etat devrait voir la création d'emploi au niveau local, de l'image de prestige du pays comme transformateur de ses matières premières. Et s'il est en partie actionnaire, il pourra céder un peu moins que le prix du marché international. Il y a toujours une stratégie de ponction du surplus agricole: différence entre cours mondiaux et prix aux producteurs qui sert à financer en partie l'Etat", détaille –t-il.

In fine, le débat est loin de clore. Le dernier mot reviendra toujours au pouvoir public de faire les meilleurs choix et de décider des orientations pour l’ensemble de la filière.

Sur les prix, un écart assez raisonnable peut être étudié mais là aussi, notons que les cours mondiaux fluctuent aussi et ce serait difficile de travailler à prix constant.

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Fidel GNAMELI

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