2 millions de tonnes de lait importées par an

Il intervenait mardi lors de la session introductive sur la chaîne de valeur lait en Afrique de l’Ouest et du Centre dans le cadre des 50 ans d’existence de l’École Inter-Etats des Sciences et Médecine Vétérinaire de Dakar (EISMV).

S’il reconnaît d’emblée que le lait représente une denrée de 1ère nécessité de nos jours et a assez d’importance sur les plans nutritionnels (aliment très riche en protéines) et socio-économiques (surtout pour les femmes), Pr Ayao fait noter que "l’Afrique  détient la demande la plus élevée de lait au monde avec 15 milliards de lait consommée en 2010 et 25 milliards estimée en 2020".

Il détaille que "dans le contexte économique mondial, 660 millions de tonnes de lait sont produites avec l’Union européenne (UE) qui se place au 1er rang (24%), les USA (15%), l’Inde (12%) et l’Afrique en dernière position (6%)".

"Au plan continental par contre, l’Afrique de l’Est (43%) et l’Afrique du Nord (34%) constituent les 2 principaux pôles de production du lait africain tandis que l’Afrique de l’Ouest (8%) et l’Afrique centrale (4,1%) ont une sous production laitière en Afrique", ajoute-t-il.

Lire aussi : L’âge d’or pour nourrir sainement l’Afrique

A l’analyse de ces chiffres, Pro Ayao se dit "très surpris que l’Afrique exporte très peu relativement de lait et de produits laitiers (150.000 tonnes) avec 5000 tonnes de réexportation".

Et c’est en observant de près le volume des importations que le choc est encore plus énorme.

"L’Afrique de l’Ouest à elle seule importe plus de 2 millions de tonnes/an pour une dépense astronomique de près de 400 milliards de francs CFA/an. Le produit phare de ses importations demeure la poudre de lait avec le Nigéria au 1er rang d’importateur", s’indigne –t-il.  

Le lait africain pas vraiment compétitif

Après le diagnostic, le prof Ayao a ciblé quelques facteurs favorisant cette situation.

 Pr Ayao MISSOHOU

Il relève que la croissance élevée de ces importations s’explique par la forte urbanisation des pays africains entrainant une alimentation de plus en plus sélective et le prix du lait produit localement (650 Fr/litre à Ouagadougou contre 225 Fr pour le lait en poudre (reconstitué) importé) d’où la grande incompétitivité de l’Afrique.

Les formes de consommation du lait en Afrique sont : le lait cru, le lait caillé, le Wagashi (fromage Peulh) et Zrig Mauritanien.

Les chaînes de valeurs sont constitués par le lait cru qui représente environ 90% de la production locale dans les grandes capitales avec comme principaux acteurs les producteurs, les importateurs (grandes multinationales : Nestlé,…) qui écoulent l’excédent de la production européenne en Afrique; et les PME.

Que faire Professeur pour corriger ce déséquilibre ?

Pr Ayao MISSOHOU a ensuite proposé des perspectives de développement et de protection de la consommation de lait cru.  Le 1er domaine d’intervention est l’alimentation des animaux qui constitue une contrainte majeure dans les bassins d’élevage d’où le coût élevé de la production.

Comme stratégie d’adaptation, il a proposé la promotion des cultures fourragères notamment l’herbe d’éléphant, le niébé fourrager et le brachiria pour nourrir les vaches.

Le 2e domaine d’intervention est l’amélioration du potentiel génétique des races avec comme stratégie, l’importation des semences de races génisses en vue d’accouplement avec les races locales pour aboutir à des races exotiques qui sont largement plus performantes.

D’autres perspectives envisageables sont entre autres le développement de politiques laitières à travers la mise en place d’un organe supra ministériel ; la règlementation du prix de vente aux laiteries qui restent très élevé dans les capitales (cas du Sénégal) ; la suppression de la TVA sur la transformation du lait cru.

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Roger SANKARA, depuis Dakar pour Agridigitale.

 

1 Contribution(s)

  1. SOW Fafa say:

    Excellente intervention du professeur AYAO Missohou, concernant la chaine de valeur lait. Dans le même sens, nous pouvons aussi envisagé une place importante de l'agro-écologie dans nos systèmes de production en élevage. A mon avis l'intégration des systèmes agriculture-élevage dans les zones favorables(bassin laitier) ne doivent pas dépendre uniquement de la disponibilité des résidus agricoles et sous produits agro-industriels, mais aussi des pratiques pérennes de production de fourrages, dans le but de satisfaire les besoins d'entretien et de production des animaux (notion de bilan fourrager). Une recherche engagée dans le sens d'une approche nutritionnelle pour aider à un inventaire nationale des ressources fourragères en vue de déterminer leur composition physico-chimique et nutritionnelle, est aussi indispensable pour relever le défit de la production laitière locale. Parlant de la chaine de valeur lait, sa transformation en sous produits laitiers (fromage, yaourt, beurre...) constitue un maillon incontournable. C'est pourquoi, je propose la prise en compte de la chèvre dans la chaine car l'option de sa conduite dans un modèle agroécologique, peut constituer un atout majeur pour l'atteinte à la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté en Afrique de l'ouest.

    30/11/2018 15:01:03

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