Awoussi Assoumanou revendeuse, grossiste d’igname au marché de Gbossimé à Lomé

Selon divers spécialistes, en consommant l’igname, étant donné que ça contient de l’amidon qui après consommation sera dégradé en des sucres simples, fourni de l’énergie au consommateur. 

Les mets de l’igname sont diversifiés en fonction des pays et des cultures. On peut faire du foufou, des purées, les boules, les frites, la grillade, des chips, des farines utilisables pour faire du foufou ou du pain. Très conseillé donc !

En revanche, l'igname très prisé au Togo et cultivée dans les cinq régions du pays, fait face à divers enjeux, dont celui de la transformation.

Les chiffres clés sur la production

Selon les chiffres de la Direction des Statistiques agricoles, de l’Informatiques et de la Documentation (DSID), sur les cinq dernières années au Togo, la production de l’igname a évolué comme suit : 786.394  tonnes (2014/15), 781.419 tonnes (2015/16), 813.985 tonnes (2016/17), 831.969 tonnes (2017/18), et 858.783 tonnes (2018/19). Les zones de prédilection pour cette culture reste les régions centrale et de la Kara.

"Si elle réussit bien dans ces régions, c’est parce que le sol s’y prête en terme de fertilité. Mais, il y a aussi une raison culturelle qui a fait que sa consommation est rentrée dans l’habitude des gens qui en produisent énormément. Donc ils vendent le surplus et ils en gagnent", justifie Dr. Kossi Essotina Kpémoua, Directeur scientifique de l’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA).

Sur la centaine de cultivars (variétés cultivées) au Togo regroupés en deux groupes (dioscorea rotoundata et dioscorea cayennensis), le larboco de la préfecture de Bassar est de loin, la plus appréciée suivi de Kratsi, Gnamitsi…

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"Le larboco est une variété d’igname qui se distingue par son goût très sucré, son parfum et sa peau très lisse. Quand c’est en abondance, ça ne nous arrange pas, parce que c’est moins cher. C’est quand c’est en pénurie qu’on en profite beaucoup", confie à agridigitale, Awoussi Assoumanou revendeuse, grossiste d’igname au marché de Gbossimé à Lomé.

La pourriture, le véritable casse-tête

Comparativement au manioc, l’igname respecte une campagne donnée. En d’autres termes, la photosynthèse du manioc est continuelle alors que pour l’igname la photosynthèse est cyclique.

"Lorsque vous plantez des tiges de manioc, ça peut rester des années au sol mais l’igname ne résiste pas ainsi. Etant donné que ça contient beaucoup d’eau, avec la chaleur et les intempéries, quand vous laissez dans le sol, ça pourrit ce qui fait que même dans le sol si les conditions sont défavorables ça ne se conserve pas", démontre Dr. Aziato Kokou, Chef contrôle qualité des aliments à l’ITRA.

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Pour éviter aux producteurs, les pertes post-récoltes, Leocadie Akata Afi et Attakpa Koffi, se sont lancés dans la transformation de l’igname en farine d’igname pour faire du foufou et en farine panifiable.

"L’avantage avec notre farine c’est que vous n’avez plus besoin d’éplucher et de préparer l’igname, laissé refroidir avant de mixer ou de piler. Avec la farine, en l’espace de 7mn, vous avez votre foufou. A part la farine de foufou nous faisons la farine panifiable pour faire du pain, des gâteaux et des friandises sans mélange avec la farine de blé. Elle a l’avantage de ne pas contenir du gluten et c’est vraiment énergétique. Après transformation, on se retrouve à 10% du poids initial. C’est-à-dire que quand on prend 100 kg d’igname on obtient 10 kg de farine", dévoile Leocadie Akata Afi, Coassociée de la société ECLAT-FI Sarl.

Des astuces pour conserver l’igname

Pour éviter beaucoup de pourriture, les spécialistes conseillent de récolter l’igname très tôt le matin ou vers la soirée tout en évitant de blesser les tubercules car ce sont des portes ouvertes aux micros organismes et aux parasites.

"Pour conserver l’igname, il faut construire un abri ou un appâtâme couvert de paille d’une hauteur comprise entre 1m80 et 2m20. Dans cet abri, il faut construire une petite étagère sur laquelle il faut disposer les ignames. Eviter de les disposer à même le sol dans l’abri au risque de les faire attaquer par les microbes entrainant une pourriture rapide ", conseille Kinglo Elom, Ingénieur agronome au Programme National Igname et Pomme de Terre (PNIPT) à l'ITRA/Ferme Semencière Sotouboua (région centrale).

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"Bien avant cela, il faut appliquer la technique de curing qui consiste à disposer les tubercules à même le sol sous un arbre tout en couvrant avec la paille et mettre les sacs de jute dessus. Cette technique dure trois à cinq jours et permet de diminuer l’eau dans les tubercules et de cicatriser les plaies intervenues sur les tubercules lors de la récolte," poursuit-il.

Vers la transformation de l’igname

Leocadie Akata et Attakpa Koffi veulent installer une unité de transformation à Bassar pour mieux valoriser les ignames et parfaire leur farine.

Friandises à base de farine d'igname

"L’igname est devenue un produit de luxe qui n’a jamais eu des problèmes d’écoulement parce que la demande dépasse l’offre. Son seul problème c’est la pourriture. Mais si vous le transformez pour donner un autre produit qui va forcément coûter plus cher, est ce que vous êtes sûre que les gens vont pouvoir acheter ?" s’interroge Dr Tchabi Atti, Ingénieur agronome, spécialiste des nématodes d’ignames.

L’igname contient beaucoup d’amidon et du point de vue industriel, l’amidon sert à faire beaucoup de chose. Il est utilisé comme un agent épaississant. Ça veut dire qu’on peut l’utiliser dans les pressings en l’incorporant aux habits pour les redresser ou les blanchir.

"Il sert aussi à fabriquer des papiers et beaucoup d’autres produits. C'est par exemple le cas de l’éthanol qu’on utilise dans les hôpitaux. Donc, étant donné que l’igname regorge de l’amidon et que l’amidon sert à fabriquer d’autres produits qui ne sont pas alimentaires, on peut dire que l’igname est une denrée incontournable", revendique Dr. Aziato.

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Sur le coup, les Brésiliens sont tentés d’apporter une valeur ajoutée en récupérant de l’amidon de l’igname pour créer surplace des imprimeries ultra-modernes. Le pays a déjà une riche expérience dans cette technologie à partir de l’amidon extrait du manioc et les industriels brésiliens sont tentés par le Togo en apportant leur savoir-faire. 

"Avec de l’amidon, on peut faire du papier et nous sommes en train de réfléchir pour lancer des discussions avec le ministère togolais en charge de l’agriculture pour les études de faisabilité. Ce sera notre manière de renforcer la coopération entre le Brésil et le Togo en lien avec le défi de la transformation selon l’axe2 du Plan national de développement –PND-", témoigne une source proche de l’ambassade du Brésil à Lomé.

"Mais, si une unité de transformation souhaite s’installer ça veut dire que c’est seulement pendant la période d’abondance que l’unité va fonctionner. Parce qu’en cas de pénurie, ça devient plus cher et ils n'en trouveront pas parce que ça ne suffit même pas pour la consommation", prévient Dr. Aziato.

Ailleurs, il existe des techniques qui ralentissent la dégradation de cette matière permettant ainsi de conserver les ignames plus longtemps.

"Dans des pays asiatiques et aux Etats-Unis, j’ai appris qu’il y a des techniques de recouvrement avec la cire et qui conserve l’igname pendant un bon bout de temps. Donc il y a des techniques de conservation qu’on ne maîtrise pas encore au Togo", reconnait Dr. Aziato.

Ce qu'il faut pour commencer son champ d'igname

Évidemment que le terrain reste incontournable. Suivant le schéma cultural 1,5m × 1,5m (recommandé), on aura entre 4500 et 6000 tubercules par hectare à raison de 4500 buttes. Pour quelqu'un qui dispose déjà d'un terrain, il faudrait mobiliser un peu plus de 1.300.000 franc CFA.

Ces fonds serviront à couvrir toutes les dépenses du dessouchement jusqu'aux récoltes en passant par l'achat des semenceaux, la confection des buttes, la plantation des semenceaux, le sarclage, la construction du magasin de stockage, les transports etc.

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"Pour le moment, on ne vend pas par kilo, par contre, nous livrons aux bonnes dames par calebasse et une calebasse contient 100 unités dont le prix varie entre 20.000 et 70.000 F. Cfa en fonction de la période et de la grosseur des tubercules", informe Agbanti Issa, producteur d’igname à Bassar depuis près de 30 ans.

Pour ceux ne disposant pas de terrains, il y a la possibilité de bailler aussi. "Dans nos circuits sur le terrain, les producteurs ont construit de belles maisons avec les bénéfices de la culture d'igname. Même un producteur à Dimori dans le Bassar a construit une grande maison à étage", témoigne l'ingénieur Kenglo.

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ANANI E.

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