Atsu Lissa rêve devenir un jour coiffeur

Lissa a abandonné les classes en 2014 et a été vite récupéré par une structure locale chargée de la production et fabrication du vin de palme.

Sa mission, abattre les palmiers et extraire le vin de palme pour en faire de la boisson locale communément appelée "Sodabi" vendue sur le marché local.

En 4 mois, le jeune Lissa est sûr de récupérer de son travail 74 mille et mettre quelques économies de côté pour ensuite aller en apprentissage.

Il est cependant bien conscient du danger en abattant à longueur de journée les plants de palmiers. Et ce n’est pas de sa faute?

Pour comprendre un peu la situation, rendons-nous à Crarakpui, hameaux situé à près de 3km de Kpalimé (120 km de Lomé) où 10 mois plutôt, la plantation était remplie de palmiers.

Déclin d’une filière pourtant prometteuse

Eric Yébo est exploitant agricole. Il gère depuis plus de 15 ans une plantation de palmiers à huile. Dans cette plantation, de nouveaux plants de cacao sont en train d’être plantés en remplacement des palmiers. Et aujourd’hui, tout a été déraciné et en lieu et place, le cacao. Suivre ce reportage vidéo 

Plant de cacao en remplacement du palmier

Dans la zone, deux variétés de palmiers à huile sont plantées. Les palmiers ordinaires et les palmiers sélectionnés.

Le nombre de plantations de palmiers sélectionnés avait augmenté grâce à un projet financé par l’Union Européenne qui a ramené à 300 F.cfa le prix unitaire des plants dans les années 2000-2002.

"Nous avons mis en place notre plantation en 2002. Juste après, la coopération avec l’Union Européenne a été coupée et les points blancs aussi ont disparu. Il fallait les commander depuis le Bénin ou la Côte d’Ivoire, ce qui revient très coûteux", raconte –t-il.  

Eric explique que les plantations subissent leur sort actuel à cause de la baisse de la productivité.

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"Si vous observez dans la zone, la plupart des plantations de palmiers sélectionnés, ont entre 15 et 17 ans. A ces âges, elles ne sont plus rentables parce que dans la zone, le palmier à huile sélectionné est plus rentable à l’âge de 8, 9 voire 10 ans avec une production pouvant atteindre 25 tonnes à l’hectare. Après cette période, la production chute. Nous avons donc décidé de remplacer cette plantation de palmier par des cacaoyers, ce que nous sommes en train de faire", ajoute –t-il.

Le marché : un casse-tête

Si les palmiers ne sont plus aussi productifs dans la zone Agou, le marché reste aussi une raison de la démotivation des producteurs dans la région.

Selon divers témoignages ciblent le mauvais jeu de passe entre la Société nationale et des palmeraies des huileries (SONAPH) et la société BANAMBA S.A.  

"L’achat de la SONAPH par BANAMBA a coïncidé avec le début de la plantation des palmiers sélectionnés financés par l’Union Européenne. Du coup, la société a eu du mal à trouver de la matière première conséquente. La crise socio-politique aussi a engendré la destruction des domaines de la SONAPH. De nos jours, à notre niveau nous vendons nos productions aux bonnes dames qui produisent de l’huile de palme à une moyenne de 150.000 F cfa pour un hectare de production alors qu’on vendait jusqu’à 450.000 Fcfa pour le même hectare", racontent certains anciens planteurs rencontrés.

KALYAN plus loin des planteurs  

Le groupe Kalyan a mis en place un projet de plantation de palmier à huile qui devra aboutir à la production de 24 000 tonnes huiles de palmes ce qui couvrira les 18 000 tonnes qu’importe le pays.

Extraction du vin de palme

Plusieurs planteurs trouvent que les prix fixés par la société Kalyan sont hors de portée.

"Avec Kalyan, 1 plant est à 2000F contre 300F autant auparavant. Sur un hectare, il faudra débourser jusqu’à 300mille uniquement pour l’achat des plants", dénoncent certains planteurs.  

D’autres estiment que les sachets utilisés par la société sont trop grands et ne facilitent pas le transport et suggèrent non seulement de revoir la forme des sachets où les plants sont placés mais aussi, réduire les coûts.

La filière palmier à huile est bien porteuse d’espoir pour l’économie nationale. Si aujourd’hui les planteurs sont bien obligés d’abattre leurs palmiers pour remplacer avec du cacao c’est dire que l’heure est grave. Aussi, dans la même région, il y a des anciennes plantations stériles qui ne produisent plus.

L’Etat dans sa politique de relance agricole peut déjà prendre en compte ces préoccupations et faire renaître cette filière.

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Fidèl A. Gnameli

*Les tentatives de Agridigitale pour rencontrer les responsables du groupe Kalyan dans la région se sont révélées vaines.

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