Stopper les préjugés sur la transhumance

Pour éviter les conflits liés à la transhumance allant jusqu'à des pertes de vies humaines, certains États comme le Ghana optent pour le ranching.

Mais, Christian CORNIAUX de la Recherche Agronomique pour le Développement (cirad) doute fort que le ranching (élevage ou pâturage exentif) soit la meilleure solution pour venir à bout du phénomène.

"Sur le plan technique, c’est quelque chose qui peut fonctionner. Mais, sur quelle surface va-t-on les mettre, que ça soit dans les pays sahéliens ou dans les pays côtiers, où je vais mettre mes milliers d’hectares ? Le minimum c’est 10% du territoire. La deuxième question, c’est sur le plan foncier. Comment vont être gérés les ranchs, à qui va appartenir la terre ?" s’interroge-t-il laissant le débat toujours ouvert au tour de cette question de la transhumance qui nécessite encore et encore la collaboration des agriculteurs et des éleveurs sous la coupole des autorités au niveau de tous les Etats.

Au cours d’une conférence organisée par l’ONG Acting For Life dont le débat a été dirigé par Delphine Bousquet de Radio France Internationale(RFI), plusieurs acteurs togolais sont revenus dans un premier temps sur le dispositif mis en place par le Togo pour réduire un tant soit peu les problèmes liés à la transhumance.

D’abord, Dr. PATO Pidemméwé Steed, vétérinaire et point focal de la transhumance au ministère de l'agriculture a fait savoir que des instructions ont été données pour prendre à bras le corps cette problématique de la mobilité du bétail de par les dérives que le pays a connu par des différents débordements avec des morts d’hommes en 2012 à Kpendjal.

"C’est à partir de 2014, où des services techniques ont été instruits de pouvoir proposer un document cadre pour pouvoir régler la question de la transhumance. Au-delà de ce document, il y a ce que nous appelons le plan opérationnel qui est une déclinaison de ce document de référence qui essai de répertorier toutes les situations délétères que nous connaissons et les leviers sur lesquels nous pouvons actionner pour pouvoir régler un certain nombre de problèmes", déballe Dr. Pato.

Dans chacune des préfectures du Togo, il y a un comité préfectoral de la transhumance dirigé par les préfets.

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Ce comité est composé des organisations professionnelles, des communes, des chefs traditionnels, des guides et de tous ceux qui œuvrent pour entretenir la mobilité du bétail.

Débat sur la transhumance à l'institut français de Lomé

Au niveau régional, les activités sont coordonnées par les directeurs régionaux. Ce qui fait qu’au quotidien, le président du comité national qui est le ministre en charge de l’agriculture a la situation en temps réel par rapport aux éventuelles dérives.

"Nos interventions s’inscrivent dans la politique du gouvernement. Nous essayons d’amener tous les acteurs à avoir une compréhension partagée de la mobilité du bétail en sensibilisant les gens sur l’utilité de la mobilité et sur ce que cela peut apporter à l’agriculteur", informe Jean YATOMBO, directeur de l’association GEVAPAF.

Pour sa part, DJISNABA Karim, représentant du maire de la commune de Cinkassé (nord-Togo) a mis en exergue les avantages tirés par sa localité de la mobilité du bétail.

"En tant que responsable des collectivités, les efforts conjugués des uns et des autres nous ont permis d’avoir des infrastructures tels que l’hôpital et le marché de bétail de Cinkassé, le quai d’embarquement de la commune de Tone et le marché à cheval dans la commune de Kpendajal", donne-t-il à titre d’exemple. 

Ensuite, ce fut le tour des représentants des pays de départ de prendre la parole.

Alors que DODO Bouraïma de la RBM essayait de faire comprendre aux uns et aux autres que les éleveurs ne drainent pas du tout la violence comme on tente de le faire croire aux populations des pays d’accueil, Boubacar MAÏGA, responsable des programmes au bureau régional du Réseau de Communication sur le Pastoralisme (RESOPA) s’occupait des raisons justificatives de la transhumance.

"Si je prends nos pays sahéliens, sur les douze mois, nous avons peut-être quatre mois de pluie et la disponibilité du pâturage qui permet aux éleveurs de continuer leur activité dépend donc de la quantité d’eau qu’ils recueillent au cours de ces quatre mois. C’est ce qui les oblige à un moment donné pendant près de sept mois d’effectuer le déplacement", explique-t-il.

Au niveau de l’Association Pour la promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane (APESS) représenté par Dr. Aliou Ibrahima, on parle de l’insécurité dans certains pays comme le Mali.

Officiellement, ce sont 37.000 et 34.500 bœufs qui ont franchi les frontières togolaises respectivement en 2017 puis en 2018. 

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