M.Ahossou en train de manger la pâte du sorgho avec sauce Gboma dans un restaurant de Lomé

En attente d’une décision politique qui inciterait les hôtels à servir les mets locaux, Yao Tata Ametoenyenou, Directeur Exécutif de l’Organisation pour l’Alimentation et le Développement Local (OADEL) pense déjà, que c’est le résultat de plusieurs années de travail laborieux auprès des pouvoirs publics.

"Si aujourd’hui, le ministre de l’agriculture l’annonce publiquement, cela suppose qu’il y a un travail qui a été fait et que la sortie de cette décision est imminente. On ne peut que s’en féliciter mais en même temps, il faudrait que ce ne soit pas une annonce seulement", souligne M. Amétoenyinou.

Pour Ahossou Komlan, président de l’Association Des jeunes Professionnels de l’Hôtellerie du Togo (AJPHT) et promoteur de Togo valeur culinaire, il revient aux cuisiniers de faire preuve de génie.

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Yao Tata Ametoenyenou, DE OADEL

"La grande partie du travail, c’est aux cuisiniers. Qu’ils essaient de donner plus de valeur à nos produits locaux en essayant de regrouper ces denrées et faire sortir quelque chose d’extraordinaire pour surprendre les populations. À titre d’exemple, on peut prendre l’arachide pour voir dans quels différents mets on peut l’introduire pour réaliser beaucoup de choses. Il y a aussi le Moringa qui peut servir à faire de la salade, de la sauce, du riz colorant", suggère-t-il.

"C’est une bonne idée que le gouvernement décide que les hôtels fassent des mets locaux une priorité, surtout pour les étrangers qui viennent dans notre pays. Nous, on est prêt à les accompagner. D’ailleurs la plupart de nos clients  quand ils arrivent, ils aiment découvrir ce que nous préparons chez nous et d’habitude, ils préfèrent manger la pâte avec les sauces légumes (adémé, gboma), du foufou avec la sauce arachide, la sauce graine (dékou dessi)…", témoigne Antoine Sotodji, Gérant de l’hôtel St Manick basé à Lomé.

Les conditions sont-elles réunies ?

Selon les spécialistes, le premier objectif de la promotion de la consommation locale est sans nul doute d’ordre économique.

Medissa Sama, chef d’entreprise et mentor à YICLife

"Chaque fois que vous achetez des produits importés, vous nourrissez les paysans d’autres pays alors que nos propres paysans sont là et souffrent des problèmes de marché. En achetant les produits locaux vous offrez aux agriculteurs Togolais, la possibilité de disposer de la liquidité qui seront certainement réinvestis dans l’économie locale", démontre le patron de l'OADEL.

Autre facteur non moins négligeable, objet d’inquiétude, est-ce que les produits locaux made in Togo réunissent les assurances de qualité requise ?

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"C’est vrai qu’aujourd’hui, on entend qu’il faut encourager la consommation locale et une mesure politique pour accompagner cela ne serait que la bienvenue. Mais au même moment, j'ai peur. En tant que Togolaise, j’ai bien envie de consommer locale mais après, je veux être en bonne santé. Du coup, au-delà de cette mesure, il faudrait mettre en place un programme de suivi qui va donner des agréments. Il va falloir une professionnalisation des filières et aussi un degré d’éthique qui peut rassurer le consommateur", attire Medissa Sama, chef d’entreprise et mentor à YICLife.

Le livret des 50 recettes du Togo

Pour soutenir la dynamique, un livret des 50 recettes du Togo édité par OADEL trace la voie aux acteurs hôteliers sur les diverses recettes à soumettre aux clients pour mieux vendre la destination Togo, au plan culinaire. On retrouve plusieurs mets gastronomiques qu’on peut servir sur des grandes tables.

Il s’agit entre autres de la salade faite à base d’igname, de maïs ou de voandzou (azikokui), de la terrine aux tubercules, la sauce de vin de palm, la sauce de souchet, la sauce au vin de palme, la sauce des feuilles de haricot, la sauce moringa, du kom avec le sorgho, du pain à base du soja ou du sorgho, des desserts à base de fruits et tubercules et céréales etc.

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De toute évidence, les conditions sont réunies pour l’accueil de la mesure visant à imposer un minimum de produits locaux dans les mets proposés par les complexes hôteliers et les restaurants du Togo.

Au gouvernement de saisir la balle au bond, et d’aller vite, très vite car chaque met local vendu, c’est un paysan qui frotte les mains. Et ce sera, l’une des belles manières de retourner aux paysans, leur pouvoir d’achat.

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Anani E.

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