Fofo Barke (G) et son frère dans la plantation héritée de leurs parents

Ils s’attèlent, tout comme les autres membres de la famille, à exploiter une vaste plantation de canne à sucre qui voit défiler les générations et même, leurs petits-fils qui prendront la relève.

Située dans le bas-fond du fleuve Boko (environ 12km au nord-est de la ville de Vogan à Adjorogou), il y en a qui exploitent leur propre plantation et d’autres qui ont loué. Pas de trace de coopérative ou de groupement mais tous travaillent en parfaite union.

"C’est l’héritage que nous ont légué nos parents. Nous faisons des reproductions par bouturage et nous plantons de préférence en période de pluie. Pour commencer un nouveau champ, on achète des rejets dans un ancien champ et la quarantaine varie entre 500 et 1000fr. Toutefois, on récolte trois fois avant de replanter", raconte Fofo.

Il explique que "dans la nature, la canne à sucre finit par se coucher et des bourgeons et leurs racines se développent à chaque nœud et à la tête".

"Le pied de la plante mère donne aussi naissance à  de nombreux rejets. Quand ça commence par pousser, on sarcle cinq à six fois avant de récolter 12 mois plus tard. Pendant le sarclage, les feuilles nous grattent le corps et ça nous blesse", poursuit Fofo.

Une condition de travail très pénible

Il n’est pas facile de travailler dans une plantation de canne à sucre. Les feuilles ont des lames qui blessent tout le corps et les producteurs n’ont pas d’équipements appropriés pour parer à cela.

Ils n’ont pas de bottes, de gants et d’autres combinaisons pour se protéger et sont exposés aux morsures des serpents venimeux et certains viennent à laisser leur vie.

Les planteurs plaident pour une technologie culturale qui leur permettrait de bien travailler dans leurs différentes plantations et qui réduirait les risques liés à cette culture.

La récolte finalement bradée mais…

Malgré ces conditions de travail pénibles, la récolte est bradée aux commerçantes qui viennent de Lomé, du Bénin ou d’autres villages voisins. Interpellées, elles se défendent.

Da Kayi et Koudéké Afi dans la plantation de fofo

"Ils nous revendent par tas de quatre pieds à 500fr. Notre difficulté principale c’est la piste qui est presque inaccessible pour les voitures et tricycles et difficile pour les motos. Du coup, on se rabat sur les jeunes qui transportent avec la tête pour charger les voitures au niveau de la piste rurale à raison de 150fr par voyage", se lamente Da kayi, revendeuse de canne à sucre croisée sur les lieux.

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"Et pour transporter, on achète des cordes pour attacher. Ceux qui chargent les voitures aussi prennent de l’argent. Arrivé au marché, on paie le ticket. Au finish, on se retrouve avec trop de charges et lorsqu’à la fin de la journée on ne vend pas cela ne nous arrange pas. Si on peut nous aider au niveau de la voie d’accès, ça nous soulagerait énormément", renchérit Mme Koudéké Afi.

Selon plusieurs producteurs, plus de la moitié des récoltes sont pourries ou perdues faute de bonnes pistes pour faire convoyer les produits vers les marchés.

"Sur certains produits, nous les laissons pourrir dans les champs car s’il faut prendre en compte les charges de transport et autres, on ne gagne rien et ce sont les agents de microcrédits qui viennent nous menacer après pour défaut de payement", témoigne un producteur désabusé.

L’aménagement des pistes rurales se pose alors avec acuité pour désenclaver les zones de fortes productions agricoles. Le gouvernement s’y attèle certes, mais des efforts restent à faire.

Canne à sucre : une opportunité

Du jus de la canne à sucre, une opportunité à saisir

Du point de vue industriel, au Togo, il existe une usine de sucrerie à Anié (200Km au nord de Lomé) et le gouvernement prévoit une autre dans la plaine de l’Oti d’ici 2020.

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Les Togolais sont plus habitués à consommer la canne à sucre en l’état mais, cultivée principalement pour la production du sucre, la canne à sucre peut également être broyée à partir d’une machine manuelle ou électrique pour extraire du jus consommable directement ou frais.

Selon les spécialistes de la santé, la canne à sucre est une mine de vertus. Elle contient entre autres du saccharose, du fer, du calcium, de la vitamine C, B1, B2 et B3. C'est à juste titre que son jus est conseillé aux sportifs qui cherchent des aliments aux fortes valeurs nutritives et énergétiques.

Une très belle opportunité à saisir par la jeunesse qui peut se positionner sur la production du jus de canne à sucre.

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Anani E. & Palakiyêm S.

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