Ce n’est pas Agridigitale qui le dit, c’est plutôt le constat dressé la semaine passée par Kossi Tenou, Directeur National de la Banque centrale (BCEAO) et Badanam Patoki, Secrétaire Général du ministère de l’économie et des finances lors de la journée de diffusion des comptes extérieurs du Togo de 2016.

Que doit-on retenir des comptes extérieurs du Togo en 2016 ?

Les échanges extérieurs du Togo se sont soldés en 2016 par un excédent de 67 milliards de F.Cfa après un solde positif de 115 milliards en 2015.

Il faut noter que les excédents du solde global de la balance des paiements enregistrés ces dernières années masquent le déficit structurel du compte des transactions courantes.

De 150 milliards FCFA en 2012, le déficit de la balance des transactions courantes s’est établi à 259 milliards en 2016, après un pic de 281 milliards F.cfa atteint en 2013.

En 2012 et 2016, le déficit courant a représenté, en moyenne, 11% du PIB et porté principalement par la balance commerciale. 

Selon M. Patoki, cette situation est essentiellement liée à la politique des grands travaux de construction et de réhabilitation des infrastructures économiques de base qui ont nécessité d’importantes importations de biens d’équipement, intermédiaires et des produits pétroliers. 

Le problème ?

On retient pour l’essentiel qu’au Togo, les importations sont plus importantes que les exportations.

Le pays n’ayant pas les capacités pour fabriquer les biens d’équipements pour ces grands travaux, c’est tolérable que ces biens soient importés.

Mais là où le bât blesse, c’est l’importation des produits alimentaires qui aggrave davantage le déficit structurel de la balance commerciale.  

Allier la qualité à la quantité

Selon Badanam Patoki, cette situation s’explique par deux facteurs. D’abord, il faut qu’on arrive à produire localement ce qui peut être exporté.

"Cela veut dire qu’il faut mettre l’accent non seulement sur les quantités mais aussi sur la qualité. Nous pouvons produire mais si la qualité n’y ait pas, la demande ne sera pas au rendez-vous.  Il faut qu’on veille sur la quantité mais aussi et surtout sur la qualité, ce qui fera que la demande sera forte pour tirer notre production", a-t-il indiqué.

Ensuite, M. Patoki souligne qu’une fois la qualité des produits obtenue, il faut aller vers la consommation de ce que nous produisons.

"Ce qui est produit et de qualité devrait pouvoir être consommé et que nous ne soyons pas toujours dans une dynamique de toujours importer ce que nous consommons", a-t-il analysé.

Définir une stratégie de positionnement

Le Directeur National de la Banque Centrale, Kossi Tenou estime qu’il est désormais temps de passer des "discours à l’acte".

"On ne voit rien comme stratégie. Sur le café-cacao par exemple, à quel niveau  sommes-nous positionné ou bien,  nous suivons un marché aléatoire et que d’ici deux ou 3 ans, on revient à la case départ. C’est bien qu’on ait la qualité mais on va où avec ? Avec l’AGOA, est-ce que nos entreprises en profitent réellement, je crois que non ", s’est-il interrogé.

MIFA, un début de solution

M. Patoki croit que la tendance pourrait être inversée s’il y a une prise de conscience générale. "On importe beaucoup pour consommer. Il faut une politique nationale et que les gens considèrent ce qui est produit localement. Il faut faire en sorte que ce qui est produit localement soit la consommation de base et le reste vient en ajustement", a-t-il suggéré.

Pour l’essentiel a-t-il martelé, "on consomme ce qu’on a à l’intérieur et on prend le reste comme ajustement".

M. Tenou a de son côté estimé que le MIFA (Mécanisme incitatif de financement agricole) mis en place par le gouvernement recemment saura apporter des solutions à cette problématique.

"Bien entendu, cela ne réglera pas tous les problèmes mais apportera un plus", a-t-il prévenu.

Ensuite, il suggère que le pays ait des stratégies commerciales et des stratégies en termes de positionnement.

"Avoir une balance commerciale de déficit en excédent, devrait permettre au pays d’économiser ses réserves d’échanges", a-t-il fait savoir.

Plus de financement pour la recherche

D’autres spécialistes s’accordent à dire qu’il faut développer la stratégie d’accroissement de certaines productions ; s’inspirer de l’expérience d’autres pays ; accroître le financement agricole pour améliorer le rendement ; développer les variétés à cycle court et à haut rendement ; développer les chaînes de valeur ; identifier et développer les produits compétitif ; sensibiliser les togolais à consommer les produits locaux ;  financer la recherche et le développement agricole.

En photo Kossi Tenou, Directeur National de la BCEAO

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