Même si cette activité est menée depuis plusieurs décennies, la technologie et les équipements de travail restent encore dérisoires.

Toutefois, certains maraîchers ont développé des stratégies pour améliorer le système de travail et réduire les coûts de production. Malgré tout, les producteurs manquent d’organisation pour affronter les défis liés à leurs activités.

De la terre au plat

Une quarantaine d’acteurs développent le maraîchage sous le pont de la voie menant au carrefour Shell 1 dans la ville de Kara, localité située à 420 km au nord de Lomé.

De loin, sur le pont, on aperçoit une diversité de cultures maraîchères qui rendent verte la berge de la rivière Kara. Oignons, carottes, choux, piments et certains légumes pour ne citer que ceux-là, sont le fruit des activités menées par ces producteurs bénéficiant de la disponibilité de l’eau de la rivière.

Hommes et femmes, jeunes et vieux y passent leurs journées pour préparer, entretenir et récolter des produits destinés à la consommation et la commercialisation.

Cette production maraîchère qui ne se fait sur aucun contrat ou demande spécifique est destinée à la commercialisation, œuvre des bonnes dames qui veillent à l’approvisionnement des différents foyers et centres de restauration dans la ville de Kara et d’autres localités urbaines voisines.

Certains consommateurs viennent à la source pour faire leurs achats et bénéficient d’une réduction par rapport aux prix de revente proposé par les bonnes dames et les détaillants.

Il existe une catégorie d’acteurs, composée particulièrement de jeunes, très dynamiques, disposant de petites parcelles qui après avoir vendu leurs produits en un temps record rachètent auprès de ceux qui disposent des parcelles plus grandes pour revendre. On les retrouve avec des brouettes dans lesquelles ils étalent les produits.

Les produits maraîchers constituent un poids dans les éléments nutritifs qui entrent dans la consommation surtout en milieu urbain. Ils sont consommés crus (carottes, poivron laitues) ou bouillis (gboma, adémé).

Encore le foncier !

L’exploitation individuelle prédomine sous le pont de la rivière Kara. Si certains producteurs y exploitent des parcelles leur appartenant, d’autres à l’instar de Batarma Arsène ont acquis les leur par l’intermédiaire d’un membre de la famille.

D’autres encore dont Madahéwa payent pour leur parcelle qu’ils ont obtenu par bail. «Chaque année, je verse 35.000 F.cfa à mon bailleur» explique à Agridigitale ce locataire pour une exploitation de moins d’un demi-hectare.

L’incidence sur la pauvreté 

Les producteurs maraîchers installés le long de la rivière Kara, par manque d’emplois ou de qualifications pouvant déboucher à un emploi pour la plupart, se sont résignés à cette activité.

Alindji Madahéwa, 31 ans, formé en électricité est devenu maraîcher par manque d’emploi qualifié. Avec cette activité, il s’est doté d’équipements de productions améliorés dont le coût total est évalué à 300.000 F cfa, et prend en charge une grande famille. 

«J’ai à ma charge, mes parents, mes frères et sœurs, et ma femme, ce qui fait en tout 9 personnes» a-t-il indiqué.

Arsène lui, y a commencé depuis 1992 et rend grâce pour le fait de joindre les deux bouts avec sa femme et ses 4 enfants. Notons que cette activité génère des revenus permanents à une quarantaine de producteurs et un revenu temporaire à un nombre plus grand de personnes, élèves et étudiants pour la plupart.

Encore des arrosoirs

Le domaine exploité sous le pont de la rivière Kara ne présente aucune technique de production moderne de maîtrise de l’eau. Arrosoirs et canaux traditionnels abondent çà et là pour le système d’arrosage.

Madahéwa a débuté ses activités de maraîchage avec les arrosoirs. Eloigné du point d’eau, il s’est ensuite doté d’une motopompe et des tuyaux flexibles pour canaliser l’eau afin de réduire la pénibilité du travail.

Là encore, il lui faut des ressources humaines pour faciliter la mobilité des tuyaux au cours de l’arrosage. C’est  ce qui l’a amené à passer au système de tuyauterie en PVC, une technologie qui lui a permis de négliger la demande en ressources humaines.

La technologie est constituée des tuyaux PVC détachables et liés par d’autres tuyaux courbés pour faciliter le passage de la canalisation dans les angles des planches, ce qui devait se faire à la main avec les tuyaux flexibles.

Même si cette technologie occasionne un gaspillage d’eau, l’ingénieur ne tient qu’à son objectif qui est de pouvoir arroser seul sans nécessité de renfort ; ce qui est atteint.

L’informel prend le dessus

Les maraîchers installés sous le pont de la rivière Kara évoluent dans l’informel. Ces principaux fournisseurs de produits maraîchers dans la ville de Kara et autres points, depuis plus trois décennies ne sont pas organisés et rencontrent beaucoup de difficultés dans leurs activités de production et de commercialisation.

Ils sont principalement victimes de la fluctuation des prix des produits et manquent de compétences pour gérer leurs entreprises. Selon les producteurs, le prix du sac de choux par exemple qui a coûté 20.000 F.cfa dans les années antérieures a baissé jusqu’à 3.500 F cfa en 2017. Ils ne disposent pas de compétences en maîtrise de l’eau et continuent par travailler selon leur ingéniosité individuelle.

Kara, la ville dans laquelle ces derniers mènent leurs activités, abrite aussi la Fédération nationale des organisations maraîchères du Togo (FENOMAT).

Si certains de ces producteurs appartiennent à des groupements ou sociétés coopératives  affiliés à cette fédération, certains ignorent encore l’existence de cette fédération et affirment n’appartenir à aucun groupement.

La formalisation et l’organisation des producteurs installés sur la berge de la rivière Kara est une solution efficace pour l’évolution des activités maraîchères de la zone et l’épanouissement des producteurs. Vu la durée de l’occupation de cette berge, certains producteurs doivent avoir raccroché sans avoir préparé leurs vieux jours.

Arsène a 47 ans actuellement ; après 25 ans d’activités sous le pont, il ne dispose d’aucun plan de retraite.

«J’attends le bon Dieu pour voir ce qu’il me réserve quand je ne serai plus apte à continuer les activités», a-t-il répondu avec un air soucieux.

Plus âgé qu’Arsène, il en existe sous le pont et continuent à user de leur faible énergie sous le poids de l’âge et ne pouvant pas arrêter parce que ne disposant pas d’autres sources de survie.

Pour un épanouissement effectif

Il s’avère important que les décideurs, les structures d’appui et d’organisation dont la FENOMAT, porte secours aux maraîchers installés sous le pont de la rivière Kara et à tous les autres maraîchers évoluant individuellement en leur apportant des solutions idoines pour garantir la production maraîchère dans la zone, aboutir à l’autosuffisance et améliorer les conditions de vie des producteurs.

 

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