Ewovi Kêbi, vice-président du Conseil Permanent de la chambre d'agriculture

Egalement président de la chambre d’agriculture région des plateaux, il a martelé que les chambres d’agricultures ont non seulement besoin de ressources financières importantes mais aussi, des ressources humaines qualifiées

AGRIDIGITALE.NET : Est-ce qu’on peut dire qu’au Togo les chambres régionales d’agriculture jouent pleinement leur rôle ?

Ewovi Kêbi : Aujourd’hui, nous ne pouvons pas dire que nous participons au nom des agriculteurs parce qu’en réalité, s’il y a une thématique, nous devrions au préalable en discuter dans notre jargon avec les producteurs à la base et recevoir leur point de vue.

C’est en exposant les préoccupations des producteurs que nous pouvons dire que nous les représentons réellement. Quand on parle des thématiques telles que l’aménagement, la mécanisation, la maîtrise de l’eau, la bancarisation, l’accès au financement, la coopérative et autres, c’est à nous qu’il revient d’expliquer tout cela aux producteurs à la base.

Mais il faut que la structure soit représentative pour pouvoir faire passer tous ces points de vue. Pour cela, nous devons aller au renouvellement des organes des représentants qui ont été choisis.

Aujourd’hui, il y en a qui ne sont plus en vie, d’autres qui sont invalides et d’autres qui ne sont même plus dans le secteur. L’absence du décret d’application portant création, organisation et fonctionnement des chambres d’agriculture avait aussi un véritable obstacle pour nous.

Mais une fois que le décret est pris, nous sommes dans le processus de mobilisation des ressources financières pour pouvoir aller au renouvèlement de ces organes du village jusqu’au niveau national pour qu’on puisse vraiment jouer pleinement notre rôle.

AGRIDIGITALE.NET : De combien avez-vous besoin et à quoi cela va servir ?

Ewovi Kêbi : Quand nous avions fait le budget, on s'est retrouvé à 65 millions CFA pour renouveler les organes. Concrètement, cette somme va servir à animer au niveau des villages, des cantons et des préfectures pour pouvoir désigner les représentants des organisations paysannes et les représentants des producteurs individuels et qu’on puisse vraiment assoir ces élus pour qu’ils puissent arriver au niveau régional pour avoir le conseil permanent au niveau national.

En revanche pour notre fonctionnement proprement dit, il faut jusqu’à 120 millions, le personnel inclus. Si on était vraiment bien organisé, on devait pouvoir opérer des captages sur tous les produits agricoles et envoyer une partie au conseil permanent des chambres d’agriculture.

Pour une véritable appropriation de la chose, il y a aussi la cotisation annuelle des membres au niveau régional. Heureusement, tout ceci est prévu dans la loi.

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Mais actuellement, nous fonctionnons sur les subventions de l’Etat qui alloue annuellement à tout le réseau composé du conseil permanent et les cinq chambres régionales, 30 millions de francs CFA pour évacuer les affaires courantes (séminaires et ateliers de sensibilisation).

AGRIDIGITALE.NET : Qui peut être membre de la chambre régionale d’agriculture  et comment se fait le choix des représentants ?

Ewovi Kêbi : Les producteurs individuels, les organisations paysannes, les syndicats agricoles, les opérateurs économiques, les transformateurs du secteur agroalimentaire, les interprofessions semblent ne pas se retrouver comme étant les piliers de ces chambres d’agriculture qu’ils doivent pouvoir animer ensemble pour être des interlocuteurs digne de ce nom. Ce qui fait que tout le monde va en rang dispersé.

Tel que structuré, on choisit au niveau de chaque village, quatre personnes en tenant compte des filières de production prioritaires au niveau de ces villages tout en considérant les femmes.

Au niveau cantonal, les villages se retrouvent pour désigner les gens pour pouvoir les représenter. Ce sont ces représentants niveau cantonal qui se retrouvent pour choisir leur représentant au niveau préfectoral en prenant en compte les interprofessions et les organisations paysannes.

Au niveau régional, les préfectures se retrouvent pour avoir la chambre régionale d’agriculture.

AGRIDIGITALE.NET : Quels avantages offrent les chambres à leurs membres ?

Ewovi Kêbi : Chaque acteur du monde agricole qu’il soit fournisseur d’intrant, producteur individuel, coopérative ou transformateur doit pouvoir se faire enregistrer selon sa zone d’installation au niveau de la chambre régionale d’agriculture.

En ce moment, quand un opérateur économique a besoin de quelque chose, il est de son devoir de s’adresser à la chambre. C’est ça qui permet à la chambre de protéger les producteurs et les coopératives des opérateurs malveillants parce qu’avant de passer à la mise en relation, la chambre à travers des investigations va au préalable s’assurer que c’est un opérateur fiable.

Au niveau des interprofessions, quand vient le moment de fixer les prix, chaque maillon veut tirer le drap de son côté, ce qui est tout à fait normal parce qu’il s’agit de business. Il faut donc quelqu’un qui puisse intervenir et c’est le rôle de la chambre d’agriculture pour que personne ne sente marginaliser.

Déjà au niveau village, en principe, les gens avant de produire doivent s’assurer qu’ils ont le marché pour écouler leur produit et les représentants doivent pouvoir discuter avec les producteurs, les coopératives, les transformateurs, les commerçants, les institutions financières et les institutions techniques tels que l’ICAT, l’ITRA pour qu’au bout du compte tout le monde soit satisfait.

AGRIDIGITALE.NET : Quels sont vos rapports avec la chambre de commerce ?

Ewovi Kêbi : Ce qui fait que la chambre d’agriculture a du mal à décoller, c’est que par le passé, on était ensemble avec la chambre commerce sous l’appellation de la chambre de commerce, d’agriculture et d’industrie.

Maintenant qu’il y a eu scission depuis 1997 et qu’il fallait mettre en la place la chambre d’agriculture à part, on devrait normalement l’accompagner jusqu’à ce qu’elle soit fonctionnelle avec la loi, le décret et les moyens de fonctionnement.

C’est pourquoi nous disons que le processus n’a pas abouti. La chambre de commerce doit reconnaitre qu’elle a un rôle à jouer vis-à-vis de la chambre d’agriculture.  Dans ce sens, nous sommes en discussion avec l’actuel président qui est favorable sur cet aspect.

AGRIDIGITALE.NET : Qu’aviez-vous besoin pour bien jouer votre rôle ?

Ewovi Kêbi : Nous avons besoin de techniciens. Puisqu’il est question d’interface, si l’Etat fait quelque chose aujourd’hui dont nous ne pouvons pas nous approprier, c’est aussi dû à la carence de techniciens pour pouvoir jouer notre rôle.

Au niveau national, nous n’avons que deux techniciens. Au niveau régional, on n’en a plus. Ce qui fait que quand il y a des tournées d’information, de sensibilisation ou quand les producteurs ont des stocks dans leur magasin ou qu’ils ont besoin de l’engrais, tout se résume au président seul.

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Ce qui n’est pas normal. L’Etat peut nous aider en nous recrutant des techniciens mais si on a des soutiens financiers, nous-mêmes on peut recruter.

AGRIDIGITALE.NET : Que proposez-vous alors pour rendre le secteur plus attrayant ?

Ewovi Kêbi : Pour rendre ce secteur attrayant, il y a un certain nombre de problèmes qu’il faut résoudre. Il y a par exemple l’aménagement que l’Etat a déjà commencé à travers les ZAAP. Il y aussi la maîtrise d’eau. On ne plus continuer par rester à la merci du ciel pour dire qu’on veut faire une agriculture durable.

Les opérateurs économiques du secteur privé peuvent prendre cela en charge. Il faut également que les producteurs s’organisent. C’est très fondamental pour gagner du marché.

L'autre chose, ce n’est pas parce la CNCA (caisse nationale de crédit agricole) n’a pas réussi qu’on ne doit plus parler de banque agricole au Togo. Ce n’est pas aux banques classiques d’accompagner le secteur. Quand c’est une banque agricole, il y a certaines réalités de l’agriculture que la banque doit prendre en considération. Ce qui n’est pas forcément le cas avec les banques commerciales.

Aujourd’hui avec les anomalies climatiques, il faut une structure météo qui puisse bien informer les producteurs sur comment le climat va se comporter dans l’année. Il y a aussi cette question d’assurance agricole qui est très importante pour rassurer les banques.

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La Rédaction

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