Odilia Gnassingbé, Directrice du CADERDT

La réponse à cette inquiétude se trouve dans une récente étude menée à l’initiative du Centre Autonome d’Etude et de Renforcement des capacités pour le Développement au Togo (CADERDT), d’ailleurs, organisateur du prochain forum.

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Le Togo faut-il le rappeler ambitionne créer 10 agropoles et dans son nouveau Plan national de développement (PND 2018-2022), le secteur privé occupe une place importante dans la mobilisation des ressources pour le financement de ces ambitieux projets.

La transformation agroalimentaire étant au cœur de cette stratégie, il est tout à fait compréhensible que les privés doivent mettre la main à la poche pour aider le gouvernement à réaliser les objectifs fixés sur les 5 prochaines années. Mais dans quelles conditions?

PPP : un véritable atout pour le secteur agricole

L’étude révèle que le gouvernement togolais estime que les PPP serviront, d’une part, à lever des contraintes liées au recours à l’emprunt résultant soit de politiques prudentes de gestion des finances publiques soit de réelles difficultés de marché et, d’autre part, à accroitre le financement disponible en dégageant un revenu supplémentaire à travers l’instauration de redevances.  

Le recours au PPP dans le domaine agricole constituera donc une alternative favorisant un gain en efficience en ce qu’il permettra non seulement de combler les déficits d'investissement dans le secteur, mais aussi de bénéficier de bonnes pratiques et des innovations introduites par le secteur privé en vue d’une exploitation plus intensive et innovante des potentialités du secteur via l’introduction de nouvelles technologies culturales, la création de valeur ajoutée et d’emplois et à terme, un impact sur la balance commerciale.

Il contribuera assurément, à un meilleur ancrage et une compétitivité du secteur agricole togolais dans un marché global modernisé 

Attention, les risques sont bien là

Dans le même rapport, on note que l’apport démontré du recours au PPP ne doit pas pousser à occulter certains risques auxquels exposent le recours à ce mécanisme.

En effet, le PPP, ainsi que nous le rappelons souvent, n’est pas une solution miracle. A chaque fois que sont évoqués les avantages inhérents aux PPP doivent aussi être présentés les inconvénients susceptibles d’être engendrés. Pour le secteur agricole, ces risques peuvent être de deux principaux ordres.

D’une part, le recours aux PPP peut impacter les droits fonciers des communautés situées sur les zones identifiées comme celles d’investissement dans le cadre de la mise en œuvre des projets PPP.

Les populations peuvent être exposées à des risques de déplacement consécutif à des expropriations. Lorsque le régime foncier en place ne garantit pas une protection suffisante desdites populations, l’intérêt du recours au PPP pourrait être remis en cause car, ainsi qu’il l’a été rappelé, le succès du cadre PPP qui sera en place dans ce secteur sera grandement tributaire du degré de garantie de l’intérêt général.

En outre, l’éventualité de distorsions dues à des pratiques concurrentielles dommageables au marché intérieur ne doit pas être écartée. En lieu et place de promouvoir une inclusion des petits exploitants, des femmes et des jeunes, des projets PPP n’ayant pas suffisamment anticipé ces volets pourraient les mettre en marge.

D’autre part, la mise en œuvre de projets de grande envergure peut constituer une menace en ce qu’elle peut creuser les inégalités entre grand exploitants agricoles et exploitants plus modestes. Selon une étude de l’ONG Oxfam, les PPP dans le secteur agricole peuvent avoir « tendance à faire bénéficier les plus puissants et les privilégiés des retombées positives des investissements, et à en faire supporter les risques aux plus vulnérables». Des menaces importantes pèsent notamment sur l’agriculture familiale et méritent d’être prises en compte.

Il faut une forte volonté politique

Les PPP sont, aujourd’hui signale l’étude, un mécanisme de collaboration entre secteur public et secteur privé régulièrement utilisés dans un grand nombre de domaines afin de fournir toutes sortes de biens et services.

Le concept même de PPP suscite beaucoup d’engouement et d’intérêt. Il a progressivement conquis une place centrale dans le financement de projets publics de développement.

A ce titre, plusieurs pays africains, en particulier ceux de l’espace UEMOA, sont, actuellement, dans une dynamique de se doter d’instruments de promotion des PPP.

Mais réussir les PPP requiert la réunion de plusieurs facteurs aptes à garantir un succès de leur mise en œuvre. 

En effet, il tient lieu de relever que ce mécanisme alternatif de financement des projets de développement reste d’un maniement complexe et délicat par rapport aux formules classiques d’action publique.

Dès lors, le succès ou l’échec des PPP est largement tributaire de l’existence ou non d’un environnement propice à leur promotion et à leur mise en œuvre.  

Aussi, pour créer des partenariats efficaces, il est indispensable de prendre en compte un certain nombre de considérations et de mettre en place quelques dispositifs afin de garantir une réussite des projets destinés à être mis en œuvre en mode PPP. En l’occurrence, il s’agit généralement : 

  1. d’instaurer des cadres institutionnel et juridique solides et protecteurs à la fois des intérêts des entités publiques, de ceux des opérateurs privés et de l’intérêt général des destinataires du projet, 
  1. d’élaborer des méthodes de sélection rigoureuse, transparente et efficiente tant des projets que des partenaires privés 
  1. mais aussi de veiller à une répartition la plus optimale et équitable possible des risques liés aux projets PPP destinés à être mis en œuvre. 

En clair, une bonne gouvernance des projets PPP commence, dès lors, avec la phase de démarrage du cycle de projet dans l’évaluation des besoins et la conception de solutions appropriées et, en amont de tout cela, avec la mise en place d’un climat d’investissement ainsi que d’un cadre juridique et institutionnel adaptés ; le tout impulsé par une forte volonté politique.

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