Le président Paul Kagame du Rwanda entouré d'éminentes personnalités du monde agricole (@Presidency Rwanda)

Les statistiques de la FAO sont d’ailleurs très alarmantes : "près de 821 millions de personnes dans le monde ont faim, dont 31% proviennent spécifiquement de l'Afrique subsaharienne".

"La volonté politique ne suffit pas. Nous avons besoin d'actions politiques pour la sécurité alimentaire en Afrique", a lancé mardi, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria, au 2ème et dernier jour du dialogue pour le leadership en matière de sécurité alimentaire ouvert depuis lundi à Kigali (Rwanda).

Le président du FIDA, Gilbert Houngbo appelle de facto à "veiller à une meilleure circulation des biens et services entre les pays" et demande à tous, en Afrique, "d’efforcer d’accélérer la mise en œuvre des décisions prises par les chefs d’Etat sur la question".

La déclaration de Malabo pas vraiment respectée

Les alertes données par d’éminents spécialistes sur la détérioration du système alimentaire dans le monde, surtout, en Afrique inquiètent plus d’uns.

Dirigeants et experts réunis à Kigali appellent à des actions urgentes pour que d’ici 2025, l’objectif faim zéro en anglais "zero hunger challenge" fixé par la FAO puisse être atteint.

Les participants au dialogue (@Presidency Rwanda)

Mais, du boulot reste à faire et c’est bien l’ambition du dialogue de Kigali qui entend stimuler davantage d'investissements dans l'agriculture, mettre fin aux crises de sécurité alimentaire puis construire un système agricole résilient au climat.

Et pourtant en 2014, les chefs d'État avaient renouvelé le programme global de développement de l'agriculture africaine à Malabo et s’étaient engagés à éliminer la faim, à mettre en place des systèmes agricoles résilients face au climat, à multiplier par trois le commerce intra-africain, à consacrer au moins 10% des dépenses publiques au secteur agricole.  

Les résultats attendus étaient d’obtenir une croissance annuelle de 6% dans l'agriculture et intensifier les investissements privés dans le secteur  d'ici 2025.

De l’avis d’experts, tout porte à croire que cinq(5) ans après Malabo, les lignes n’ont pas assez bougé, pour ne pas dire, le statu quo prévaut dans la quasi-moitié des pays signataires de cette déclaration.

"20 des 47 pays ayant participé à la révision semestrielle sont en passe de respecter la déclaration de Malabo visant à éliminer la faim d'ici 2025", regrette Sacko Josefa Leonel Correa, Commissaire de l'Union africaine chargé de l'économie rurale et de l'agriculture.

"Près de 20% des africains sont sous-alimentés. Nous sommes en retard par rapport à l'objectif de la Déclaration de Malabo d'éradiquer la faim d'ici 2025. En fait, depuis sa signature en 2014, la sous-alimentation a de nouveau augmenté dans de nombreux pays africains", a reconnu lundi soir, le président Paul Kagamé, lors d’un dîner offert à ses hôtes à Kigali.

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Selon l’agence onusienne en charge de l’agriculture, "les crises alimentaires sont principalement causées par les conflits et les chocs du changement climatique".

"La faim est en augmentation dans presque toutes les sous-régions africaines, faisant de l'Afrique la région la plus touchée par la sous-alimentation, avec près de 20% de sa population estimée à 1,2 milliard d'habitants", alerte la FAO.

La technologie comme une panacée

Face à l’urgence, le recours aux technologies pour développer l’agriculture sur le continent devient un impératif et le président Paul Kagame a foi.

M. Kagame reçoit l'Afrique (@Presidency Rwanda)

"Je vous assure que, grâce aux connaissances liées à la technologie, au soutien de partenaires et à la participation de tous, nous allons résoudre ce problème et nous allons réussir", a—t-il souligné.

Son ministre de l’agriculture, Dr. Gerardine Mukeshimana ajoute que "l'adaptation des systèmes alimentaires de l'Afrique au changement climatique nécessite des technologies qui stimulent la productivité dans des paysages durables, grâce à l'agriculture intelligente face au climat".

Le vice-président de la Banque mondiale pour l'Afrique, Hafez Ghanem a exhorté à davantage d’investissements dans l’agriculture tout en rappelant l’accompagnement de son institution à soutenir les agriculteurs africains à devenir plus productifs.  

"Nous devons donc fournir de meilleures technologies aux agriculteurs, nous devons obtenir un meilleur financement et un meilleur accès aux marchés", a-t-il plaidé.

Tous les dirigeants du monde agricole réunis à Kigali nourrissent un seul espoir, trouver une solution crédible pour résoudre le problème de la sécurité alimentaire.

Ce mardi, le temps est partiellement ensoleillé (26°c) sur cette belle ville (Kigali) construite sur des collines. Pendant ce temps, les participants ont la sueur froide à l’intérieur pour que ce dialogue qui prenne fin cette journée, ne soit pas un dialogue de plus.

Les différentes interventions depuis le matin, dont celle de l’ancien président du Nigéria, ont vraiment donné le tempo, réchauffé la salle et interpellé chaque dirigeant sur ses responsabilités en faveur d’une Afrique sans faim.

"Je m'attends à ce que nous quittions le Rwanda avec une déclaration pouvant donner lieu à une action, car nous en avions marre des conférences et débats, ainsi que des discours académiques. Donc, nous devrions passer à l'action", a lâché Mme Sacko Josefa Leonel Correa.

Le temps est à l’action. Passez véritablement de la volonté politique à l’action politique comme l’a si bien plaidé M. Obasanjo.

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Fidèl G.

 

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