Brice Gomassi (crédit photo agridigitale)

Sur ses 5ha acquis auprès des autochtones au sommet du mont Kloto, Brice met en place doucement un système cultural intégré qu’il rêve faire dupliquer d’ici 3 ans.

"Nous allons affamer la génération future si nous n’améliorons pas notre système agricole, si nous ne changeons pas de système cultural", lâche –t-il.

Du haut de ce mont,  tout à l’air d’un paradis terrestre où bananes plantains et plants de cacaoyers embellissent le décor qui s’étendaient à perte de vue.

6500 plants de bananes plantains et de cacaoyers organisés en binôme sont mis en sol occupant toute l’exploitation pour un investissement de près de 10 millions F.cfa. Du lourd pour un jeune entrepreneur agricole qui croit en la terre.  

Si les premiers résultats sont déjà visibles, le promoteur pense qu’il faudra encore patienter trois ans pour tirer les grandes conclusions de cette belle expérience.

Et c’est sous une pluie battante en pleine descente du mont et ce après plusieurs glissements successifs, que ce grand reportage a été réalisé par Agridigitale.  

Les premières leçons tirées de l’échec

L’échec a été très dur à supporter la première année en 2016 quand on s’est lancé dans la plantation de cacao.

Résultats encourageants en matière de rendement

"6 mois après, tous nos plants sont morts et c’est là nous avons faire une commande des graines de cacao Mercédès en Côte d’ivoire. Le rendement à l’hectare du Mercédès est de 3,5t contre 700 à 800g voir 1t pour la variété togolaise", raconte –t-il.

Il poursuit qu’il a aussitôt procédé au remplacement de la variété togolaise en suivant le document technique accompagnant la commande obtenue de la Côte d’Ivoire.

Les résultats obtenus de juin 2017 à ce jour sont très encourageants et le challenge poursuit-il "c’est d’aller jusqu’à 2000 plants de cacao à l’hectare contre 1112 plants recommandés".

Brice explique que sa technologie issue des fruits de ses recherches consiste à tailler les plants de cacao, de créer plus d’espace d’aération, une technique qu’il se dit prêt à partager avec tous les planteurs togolais.  

"Sur 5 à 10 ans, on projette chaque année gagner 20 à 25 millions F.cfa sur notre 5ha de cacao et la banane plantain. Nous allons beaucoup selon nos prévisions afin d’intensifier d’autres investissements", a-t-il martelé.

"J’ai eu mon visa pour la Suisse en présentant mon champ de cacao car ils se sont rendus compte que je ne suis pas un pauvre et que mon exploitation valait en moyenne 20 millions F.cfa annuelle. ", témoigne –t-il avec beaucoup de fierté ajoutant que "le bon travail libère".

L’agriculture a besoin de la biologie pas de la chimie

Farouche militant écologiste, le jeune togolais vivant en Suisse mais qui rentre au pays presque toutes les saisons agricoles, pense qu’il faut faire une agriculture respectueuse de l’environnement.

"Je déconseille l’utilisation des pesticides, fongicides, des désherbants chimiques et le labour profond du sol. Le labour profond traumatise le sol. Ce traumatisme ne fait qu’exposer et rend nu le sol ce qui fait quand il pleut il y a l’inondation et quand il ne pleut pas, le sol se fend", dégaine –t-il d’emblée.

Pour lui, l’agriculture a besoin de la biologie pas de la chimie.

"Nous mettons du nitrate d’harmonium dans l’agriculture, de l’engrais chimique synthétique. Certes l’engrais minéralise le sol et donne ce qu’il faut dans un temps record mais tous ces produits chimiques détruisent les petits organismes censés nourrir le sol en matière organique.  Nous nourrissons la plante en tuant le sol", dénonce –t-il.

Tout n’est cependant pas perdu selon lui et il souligne qu’en changeant de système de culture on peut atteindre l’objectif faim zéro d’ici 2030 fixé par la FAO.

"Si nous changeons nos méthodes agricoles, c’est qu’on va bien se nourrir, gagner de l’argent, être en bonne santé et faire nourrir également la génération future.  Nous devrions faire en sorte que quand il y a le soleil ou la pluie, que cela soit une solution pour notre agriculture", suggère M. Gomassi.

En quoi consiste exactement ce système cultural intégré?

Le système intégré qu’expérimente Brice à Agnidi a pour socle le respect de l’écologie où le producteur n’aura plus à utiliser les produits chimiques ou toxiques.

Il consiste par exemple à multiplier par 5 la production de verger et de céréales sur une même surface. Il s’agit notamment d’associer à l’agriculture, l’élevage et l’agroforesterie.

Lire aussi : Mucuna, ce trésor caché aux producteurs agricoles

En clair, il est question de faire des cultures sur de grands arbres et au milieu de ses cultures, introduire l’élevage des animaux qui jouera le rôle de désherbant naturel.  

Un système cultural intégré à dupliquer partout

"Avec ce système, on n’a pas besoin de faucher nos vergers. Sur 1ha, il faut faucher 6 fois la première l’année ce qui fait 32 mille x6=192.000 F.cfa alors que si on met en place un système qui utilise les animaux pour désherber, les 192.000 F peuvent être utilisés pour acheter ces animaux.  Au lieu de payer la main d’œuvre pour nettoyer le champ, ces animaux remplacent la main d’œuvre. Ces animaux entre temps défèquent et les excréments peuvent être utilisés pour faire l’engrais. Non seulement les animaux vont se multiplier mais aussi, la récolte sera aussi abondante  et le producteur au final gagnera beaucoup d’argent", a-t-il expliqué.

S’il trouve le système intégré capable d’atteindre la vision d’un monde sans faim où le paysan vivrait mieux, où les jeunes n’iront plus s’entasser en ville ou mourir dans la méditerranée en quête d’un eldorado en Europe ; Brice a aujourd’hui qu’un seul rêve: réussir la phase pilote de son ambitieux projet à Agnidi pour enfin, le dupliquer partout au Togo et en Afrique.

"Quand les gens mangent sainement et ils tombent rarement malade, cela ferait plus de l’économie pour l’Etat sur ses dépenses de santé publique", fait-il observer.  Et c’est un combat de vie pour Brice!

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Fidel A. Gnameli, de retour de Agnidi ce lundi pour agridigitale.

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4 Contribution(s)

  1. Yawo Elie KINGLO say:

    Très heureux de vous lire. M. Brice, je vous souhaite beaucoup de courage dans votre entreprise et suis impatient de connaitre les resultats que votre système donnera.. Revenant à l'intervention de M. Ayi, il est clair que les conditions de cultutre de nos paysans togolais sont de loin optimales. Donc cette comparaison de M. Brice ne saurait etre justifiée d'autant plus qu'il a reconnu n'avoir pas fait un suivi rigoureux ou dans les normes des pepinieres dans le temps. Je voudrais réiterer cette question de M. Ayi qui parlait de la nutrition des animaux elevés sur la parcelle. Le Mucuna, utilisé comme plante de couverture limite deja la proliferation des mauvaises herbes. En consequence, il n'y aurait sur la parcelle que le Mucuna, le Plantain et le Cacao.. Les animaux se nourrissent de quoi? Tout compte fait, encore une fois beaucoup de courage pour cette initiative reunissant diversité culturale et conservation du sol, en passant par le "recyclage de dechets animaux". Merci de votre comprehension!

    08/11/2018 11:34:59
  2. ALADJI WEKA augustin say:

    Salut Brice, Heureux de te lire, je reste convaincu que nos essais et expériences aboutiront. Courage et bon vent !!! Si tu es à Kpalime pour les fêtes de fin d'années, let me know , je passerai ! A bientôt !!!

    06/11/2018 15:56:49
  3. GOMASSI BRICE say:

    Bonjour Mr Ayi, Merci pour votre interet ,en ce qui concerne la comparaison de la productivite entre la varite de la Cote d'ivoir et celle du Togo les donnés sont là ainsi que le temoignage des paysants togolais qui font entre 700 a 100 ou au plus 1200 kg/ hectare . Les institutions comme FIPROCAT et l'UTCC aussi le confirmeront si vous les approchées. Il se peut que la faible rentabilité de la varieté togolaise par comparaison a celle de la cote d'ivoir est due aux mauvais suivi et au systheme cultural que personnellement je juge erronné (systeme cultural). Le fait est que touts nos plants de la premiere année sont mort, par observation beaucoup de facteur sont a prendre en compte, en premier les pepiniere que nous avons eu etaient mal fait dans des sachets pas conventionels ,une longue secheresse ,un mauvais suivi car nous n'avions aucune experience non plus dans l'entretien des plants, nous etions partager entre netoyer le terrain et exposer les plants et le sol nue au soleil et les laissés dans le mauvais herbe, aujourd'hui le leonnage et le mucuna ainsi que la mise dans un meme troue du cacao et le plantain sont les 3 solutions moins couteux que nous avons trouver pour lutter contre la saison seche.. Nous avons opté pour la varieté ivorienne et procedé nous meme a kpalime a l'elevage des plants en pepiniere qui aujourd'hui fait leur preuve malgré un suivi pas tout a fait dans les normes non plus a cause de mon sejour a l'etranger et malgre cela le champs promets.. Si vous avez des champs de cacao de varieté togolaise qui produisent 3.5 tonnes a l'hectare comme le NRA de la cote d'ivoir le martel avec leur varieté, je ne demande qu'a voir et m'y lancer car il me revient 10 fois moins cher d'utiliser les semences togolaise pour produire les pepinieres . Le mucuna est a utilisé comme plant de couverture du sol pas pour l'elevage des animaux, meme si un eleveur pourrais le faire si c'est sont objectif. 3 a 4 kg pour couvrir 1 hectare, de preference faire le semi dans le mois de Septembre afin d'avoir une bonne couverture tout au long de la saison seche... Les buts sont les suivants: - limiter avec cette couvraison l'impacte negatif des raiyons solaire qui deseche les surfaces culturale en saison seche et tue les organismes vivant du sol.. -reduire l'evaporaion tout en conservant le maximum d'humiditer -augmenter le niveau d'azote et de carbonne par la chute des feuille morte du mucuna et leur decomposition , donc de l'angrai bio pour la fertilité du sol - lutter contre l'erosion et le lessivage du sol au moment des pluies abondante ansi le sol est plus permeable et retient beaucoup plus d'eau evitant ainsi meme la couler des boues, la perte de l'humus et favorise la proliferation des organismes vivant qui donnent vie a tout sols steril... Faire une semie directe sans labour dans le mucuna deseché qui couvre votre surface permet d'eviter le desherbage chimique . -les poches de saison seche au milieu de la saison pluvieuse qui detruise nos champs n'auront pas d'impacte negative sur votre culture car le mucuna joue deja le rôle de paillis.. J'espere que vous trouverai dans ma reponse la lumiere qui eclairera vos lenternes.. Bonne chance a vous et n'exiter pas a nous envoyer vos questions et surtout vos resultats concluants..

    06/11/2018 08:43:11
  4. Ayi koffi Adden say:

    Je suis curieux de voir comment ce monsieur a planté son cacao en 2016 (dans quelles conditions) avant de comparer la variété togolaise et ivoirienne. Je le défi de mettre les deux variétés dans les mêmes conditions sur trois ans et il verra la différence. Pas de comparer dans le temps les deux variétés surtout que rien n'est sur les conditions de mise en place et de conduites des jeunes cacaoyers. Pour le mucuna, rien n'est dit concrètement. Je voulais juste qu'il nous dise ce qu'il en ait. Est ce utiliser comme plante de couverture puis brouter par les animaux après végétation ou comment ? Éclairez notre lanterne. Merci et bon courage à lui.

    05/11/2018 14:13:30

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