Un choix complètement assumé

"Je suis entravée par un préjugé : un homme qui hausse la voix est perçu comme quelqu’un qui (en a), une femme qui fait la même chose est une hystérique. Est-ce vrai ? A vous de me répondre s’il vous plaît", lance-t-elle à agridigitale.

Pour cette jeune femme de caractère qui exerce depuis 3 ans, dans un milieu 100% masculin, s’imposer et faire passer ses idées reste un challenge.

Dans ce 2ème numéro du dossier consacré aux femmes ingénieures du Togo, nous mettons le cap ce vendredi sur Agoe-Assiyéyé (banlieue nord de Lomé) à la rencontre de Magnim Mindizina.

Depuis 2 ans, Magnim est conductrice des Travaux et Assistante au Directeur des Travaux de l’entreprise de BTP (CENTRO-SA) à Lomé (Togo).

Merci de m’avoir mis sur le bon chemin

Magnim Mindizina

Un choix difficile mais presque assumé.  Arrivée ce jour à l’école (l’institut de Formation Technique Supérieur), contente après l’obtention de mon Baccalauréat série D, j’ai passé quelques fameuses et tristes minutes, à trouver une fille avec laquelle familiariser.

Malheureusement comme je le disais tout à l’heure, j’ai passé mes quatre premières années seule parmi une trentaine de jeunes hommes étudiants.

Je ne vous dis pas, les deux premiers mois ne furent pas fameux.

C’est à ce moment que "j’ai compris ce que signifiait être une minorité visible".

Ce n’est pas encore habituel de voir des femmes dans le milieu, et encore moins sur le terrain. Pour la question du pourquoi ce choix, malgré qu’il ne soit toujours pas courant aujourd’hui, de voir des parents pousser et encourager leur fille à devenir ingénieure, ce fut le cas de mes grand-frères qui m’ont encouragé à opter pour cette option.

Et aujourd’hui, je leur dit merci de m’avoir mis sur le bon chemin, car c’était ma vocation. Comme on dit : La rareté provoque l’intérêt.

Où est le problème quand une femme hausse la voix?

C’était une matinée, en première année, pour une séance de travaux pratiques en topographie sur le terrain. Nous devions faire des exercices de levées topographiques, et j’attendais que mon tour arrive pour la lecture.

Quand ce fut le cas, je devais malheureusement, poser le trépied et le niveau à ma taille. J’ai eu de la peine à le positionner et le comble c’était lors de la lecture.

Entendant mes camarades de classes pouffer de rire, j’ai calmement cherché une brique sur laquelle j’allais me poser et pouvoir arriver à lire. Vous comprendrez mieux, qu’à ce stade soit tu es courageux pour continuer, soit arrivée à la maison le soir, tu décides d’en rester là et de t’inscrire le lendemain  en faculté de Gestion.

Je ne vais surtout pas être de mauvaise foi : je savais bien qu’en choisissant cette voie, qu’il n’y aurait pas beaucoup de filles.

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En revanche, je ne m’attendais pas à n’avoir  aucune  femme dans mon environnement de travail. Pour être honnête, je côtoie quelques femmes.

Toutes sont des secrétaires. Oui, je sais, c’est un sacré cliché, mais c’est aussi ma réalité.

Les sous-traitants comme nous les appelons, sont les plus délicats à gérer, ce sont souvent des hommes qui font leur métier depuis des décennies. Pour beaucoup, j’ai l’âge de leurs enfants, pour certains de leurs petits-enfants, je pense. Je pourrais donc facilement être leur fille, chose qu’ils ont tous la délicatesse de ne pas dire.

Mon métier implique de les encadrer, de leur donner un planning et de les ‘’engueuler’’ quand il y a un souci de retard, de suivre et de rejeter quand un ouvrage n’est pas bien exécuté.

Je suis entravée par un préjugé : un homme qui hausse la voix est perçu comme quelqu’un qui «en a», une femme qui fait la même chose est une hystérique. Est-ce vrai ? A vous de me répondre svp.

J’ai donc appris, non essayé, à ne jamais presque pas, lever la voix, mais à verbaliser le plus possible les choses. Aussi, il est beaucoup plus simple, pour eux comme pour moi, de hurler un bon coup et de reprendre des relations tout à fait cordiales ensuite. Et aussi, j’apprends beaucoup d’eux.

D’ailleurs, mon PDG, un jour lors d’une visite, m’a une fois dit : Magnim, tu n’es plus une femme mais un homme, il te faut t’imposer.

Déjà, de très grandes réalisations !                          

Magnim (M) veillant à l'évolution du chantier

Mon intégration professionnelle s’est très bien passée, mais je pense que cela dépends beaucoup de l’entreprise dans laquelle on effectue son alternance.

J’ai aimé, dès ma première année après l’obtention du diplôme d’ingénieur, le contact avec le terrain, l’adaptabilité et la réactivité qu’il faut et aussi, la grande diversité de tâches que m’offre mon poste.

Les stages m’ont aussi permis de mettre un pied dans le monde du BTP de manière progressive. Un bon stage est très formateur et facilite l’intégration. De plus, il contribue à l’orientation professionnelle.

J’ai eu la chance de conduire en phase de finition, le siège de l’Office Togolais des Recettes à Lomé, qui s’étend sur une superficie d’environ 1050 m2 et compte sept (7) niveaux : rez de chaussée, cinq étages et un niveau au sous-sol.

Les bureaux en mode open space, qui offrent un cadre convivial pour un travail performant et épanouissant ; et de diriger les travaux d’exécution du siège de Saham assurance, de la fondation jusqu’à la phase de finition à laquelle nous sommes en ce moment, dans les règles de l’art.

Elle s’étend sur une surface totale de 2000m2 des neuf niveaux (RDC au R+8) + Aménagement parking. Ils sont situés tous deux, dans le quartier des affaires à Lomé II.

Ce monde, ce n'était pas non plus le monde des bisounours sans caractère, j’ai dû m’imposer et faire preuve de beaucoup de courage tout simplement.

Avoir une personnalité et s’imposer                     

Les femmes ont autant leur place que les hommes dans les métiers de l’ingénierie, bien qu’elles soient moins représentées. Je leur conseillerai de travailler essentiellement les mathématiques et la physique pour limiter les lacunes.

Il ne faut cependant pas sous-estimer l’importance des disciplines littéraires telle que les langues vivantes et la communication. Enfin si possible je leur recommanderai de s’impliquer dans des associations.

Et je pense que les femmes ont une place très importante dans l’ingénierie, car elles offrent souvent une vision différente et très appréciable de la technique. Elles sont souvent beaucoup plus rigoureuses que les hommes, à mon humble avis.

Mon conseil pour les jeunes étudiantes, serait de commencer à se documenter sur la réalité des besoins des entreprises, afin d’avoir une vision concrète du métier et de s’orienter dans les branches qui leur semblent les plus intéressantes.

Reste aux jeunes filles d’aujourd’hui à enjamber la barrière. Hommes ou femmes, la vraie question est celle de la personnalité, et de la capacité à s’adapter aux défis de la profession.

La terre ne trompe pas

L'agriculture? Franchement, je me pose la question de par où et comment commencer si je devais démarrer un projet dans ce secteur. Mais je dirai l'idée d'investir dans les plantations me tente. Acheter des hectares dans une belle campagne, et y faire cette activité. Ne dit-on on pas que la terre ne trompe pas?

2 Contribution(s)

  1. TCHADOUWA MOHAMED AYOUBA say:

    Heureux de lire un article te concernant. Courage et persévérance, jeune sœur et collègue

    22/12/2018 10:09:20
  2. AYAWAVI ATTISSO say:

    Chère Magnim, je suis très heureuse de lire cet article sur toi. je te souhaite plein succès dans cette carrière.

    21/12/2018 14:00:04

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