La RAM réduit l’efficacité des médicaments

C’est l’alerte donnée mercredi par John Fairbrother, Professeur titulaire de la Faculté de médecine Vétérinaire de Montréal, expert de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE) lors d’une conférence scientifique marquant le cinquantenaire de l’Ecole inter-états des sciences et médecine vétérinaires de Dakar (EISMV).

Titulaire de plus de 100 articles scientifiques publiés et des brevets, Pr Fairbrother explique que "la résistance aux antimicrobiens (RAM) est un phénomène naturel qui fait que les micro-organismes comme les bactéries, les virus, les parasites et les champignons deviennent insensibles aux effets des médicaments antimicrobiens, tels que les antibiotiques,  précédemment efficaces pour traiter les infections".

"La RAM réduit l’efficacité des médicaments, de sorte qu’il devient difficile ou impossible de traiter les infections et les maladies. La RAM est associée à une augmentation de la mortalité, à une prolongation des maladies chez l’homme et l’animal, à des pertes de production dans l’agriculture, l’élevage et l’aquaculture", dévoile-t-il.  

Pr Fairbrother signale que "cela fait peser une menace pour la santé mondiale, les moyens d’existence et la sécurité alimentaire" relevant que  "la résistance aux antimicrobiens augmente le coût des traitements et des soins".

L’étendue des dégâts est immense

Prof John Fairbrother

La résistance aux antimicrobiens est une menace mondiale pour la santé publique, la sécurité alimentaire et la salubrité des aliments, ainsi que pour les moyens d’existence, la production animale et le développement économique et agricole.

Selon les chercheurs, la résistance aux antibiotiques a causé 25 000 morts en Europe en 2007 et plus de 23 000 aux États-Unis en 2013, entraînant également, sur la même période, un coût de 1,5 milliard d'euros en Europe et de 20 milliards aux États-Unis.

"Les infections résistantes aux traitements antimicrobiens pourraient entraîner des dommages économiques d’une ampleur au moins comparable à ceux provoqués par la crise financière de 2008", prévient Pr Fairbrother.

Selon la Banque Mondiale, les projections économiques mondiales pour la période 2017-2050, sont les suivantes et encore plus alarmantes.

L’Impact sur le PIB

D’ici à 2050, le PIB mondial annuel subirait une baisse de 1,1 % selon un scénario «optimiste» (c’est-à-dire en supposant que la résistance aux antimicrobiens aurait un faible impact) et de 3,8 % dans le pire des cas.  Dans ce scénario «pessimiste», les pays à faible revenu verraient les pertes s’accentuer au fil des années pour atteindre plus de 5 % du PIB en 2050.

Impact sur la pauvreté dans le monde

La résistance aux antimicrobiens ferait basculer 28,3 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté d’ici à 2050 (scénario pessimiste), dont 26,2 millions dans des pays à faible revenu.

Alors que nous sommes globalement sur la bonne voie pour mettre fin à l’extrême pauvreté d’ici à 2030, la cible étant de parvenir à ramener à moins de 3 % la proportion de personnes qui vivent au-dessous du seuil de 1,90 dollar par jour, cette perspective est compromise par la menace que constitue la résistance aux antimicrobiens.

Impact sur le commerce mondial

En 2050, le volume des exportations serait réduit de 1,1 % au mieux et de 3,8 % dans le pire scénario.

Impact sur le coût des soins de santé

A l’échelle mondiale, les dépenses de santé pourraient augmenter dans une fourchette comprise entre 300 milliards et 1 000 milliards de dollars par an d’ici à 2050.

Impact sur l’élevage

La production animale mondiale pourrait enregistrer un déclin compris en 2,6 % et 7,5 % par an d’ici à 2050.

Alors que faire Professeur pour atténuer les dégâts ?

Il faudrait, mieux faire connaître et comprendre le problème de la résistance aux antimicrobiens grâce à une communication, une éducation et une formation efficaces ; renforcer les connaissances et les bases factuelles par la surveillance et la recherche ; réduire l’incidence des infections par des mesures efficaces d’assainissement, d’hygiène et de prévention des infections ; Optimiser l’usage des médicaments antimicrobiens en santé humaine et animale ; dégager les arguments économiques en faveur d’investissements durables qui tiennent compte des besoins de tous les pays et accroître les investissements dans la mise au point de nouveaux médicaments, outils diagnostiques, vaccins et autres interventions.

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Roger SANKARA, de Dakar pour AGRIDIGITALE

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